blog du Npa 29, Finistère
22 octobre 2012
Installés depuis 2008 à Guerlesquin (29), les identitaires du groupe Jeune Bretagne brandissent haut le gwenn-ha-du. Mais sous un vernis de respectabilité, fait de solidarité, de défense des intérêts régionaux et d'écologie, se cache un mouvement qui a des relations assumées avec l'extrême droite radicale.
> De bien étranges
amitiés....
Nous sommes en 2008. Philippe Milliau, ancien membre du conseil national du Mouvement national républicain (MNR), le parti de l'ancien frontiste Bruno Mégret,
acquiert une propriété dans la campagne de Guerlesquin. Ti-Breizh, c'est son nom, deviendra la base opérationnelle de Jeune Bretagne, déclinaison régionale du Bloc identitaire (BI) qui compte
plus d'un millier de militants au niveau national. Le BI est présidé par Fabrice Robert. Un quadragénaire qui, pendant des années, a milité à Unité radicale, groupuscule aujourd'hui dissous
auquel appartenait Maxime Brunerie, l'auteur de l'attentat manqué contre Jacques Chirac le 14juillet 2002. Jeune Bretagne - qui réfute toute appartenance à l'extrême droite, malgré une filiation
on ne peut plus évidente - a prospéré ces dernières années. Selon Jacques Leclercq, spécialiste de l'extrême droite en France*, le groupe compterait, à ce jour, de 150 à 200 adhérents dans la
région.
«Privilégier les nôtres avant les autres»
Jeune Bretagne, est présidée par Yann Vallerie, ancien membre d'Adsav, parti nationaliste breton. Il est secondé par Mickaël Prima. Leur devise: «Privilégier les
nôtres avant les autres. Une langue, une terre, un peuple, c'est le fondement de notre identité». Jeune Bretagne et les identitaires sont actifs. Et ils aiment le faire savoir. Ils filment
systématiquement leurs actions et mettent en ligne les vidéos sur leur site: camp d'entraînement, tractage, manifestation pour la priorité de l'emploi aux Bretons, défense de la langue bretonne.
Souvent, on déborde de la cause régionaliste, Jeune Bretagne s'emparant volontiers de sujets plus généraux. Comme la défense de l'Europe face «aux dangers» de l'islamisation. En février2011, par
exemple, des militants ont manifesté devant la grille de la plateforme Carrefour de Bain-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine), pour protester contre la vente de produits halal dans les rayons de ce
groupe de distribution. Puis, dans un supermarché rennais, ils ont vidé un rayon halal de ses produits avant de le remplacer par du vin et de la viande de porc. Le petit groupe était mené par
Christophe Daniou, candidat identitaire aux dernières législatives en Ille-et-Vilaine, qui revêt un costume de «Supercochon» pour ce type d'opération coup-de-poing. À Vannes aussi, Jeune Bretagne
a manifesté contre le projet de construction d'une mosquée. Des militants ont battu le pavé, portant la burqa. Yann Vallerie et Mickaël Prima ont même participé à une manifestation de l'English
defence League - mouvement anti-islamique d'Outre Manche- à Luton, au nord de Londres. Au micro, ils ont présenté le Bloc Identitaire comme le «mouvement français contre
l'islamisation».
Des liens avec l'extrême droite italienne
Jeune Bretagne semble aussi extrêmement fascinée par les groupuscules radicaux, comme CasaPound, formation italienne dont les membres se définissent eux-mêmes, et
sans ambiguïté, comme les «fascistes du troisième millénaire». Sur la page Facebook de Jeune Bretagne, on apprend qu'au mois de mai, une petite délégation est allée découvrir le squat que
CasaPound occupe depuis 2003 à Rome. Local qui fait office de laboratoire politique de l'organisation. Toujours en Italie, la Ligue du Nord, le parti d'extrême droite italien, semble exercer une
grande influence sur les identitaires français. Une des têtes pensantes de ce mouvement, l'avocat et eurodéputé Mario Borguezio - qui a annoncé partager «certaines idées» du terroriste Anders
Behring Breivik, le meurtrier de 77 jeunes socialistes en Norvège l'an dernier- avait déclaré, lors d'une convention nationale du Bloc identitaire: «Il faut insister beaucoup sur le côté
régionaliste de votre mouvement. C'est une bonne manière de ne pas être classé comme fasciste nostalgique. Mais en dessous, nous sommes toujours les mêmes». Le même Mario Borguezio est le
bienvenu en Bretagne. En 2009, il avait été invité par Adsav - mouvement dont est issu Yann Vallerie - à animer une conférence à Ligné, près de Nantes.
Dissensions internes
Entre lutte contre l'islamisme et défense des intérêts bretons, quel sera l'avenir de Jeune Bretagne? Ces derniers mois, le mouvement a été sérieusement secoué par
des dissensions avec les instances du BI. En mars, Philippe Milliau, le propriétaire de Ti-Breizh a été débarqué des instances nationales. Il lui était reproché de vouloir créer des passerelles
avec l'aile droite de l'UMP. Depuis, Jeune Bretagne a pris ses distances avec le BI. «Nous continuons désormais sans ces gens-là, explique Philippe Milliau. Cette autonomie a été rendue
publique». Jeune Bretagne sera-t-elle à présent tentée de se rapprocher du FN? Rien n'est moins sûr. Le souvenir de Marine Le Pen déclarant sur un plateau de télé, il y a cinq ans, que «le
bilinguisme» était «extrêmement grave» est toujours dans les esprits. Nous avons essayé d'en savoir davantage en rencontrant Yann Vallerie et Mickaël Prima. Après avoir annulé un rendez-vous, ils
n'ont plus donné signe de vie.
* «Droites conservatrices nationales et ultra. Dictionnaire 2005-2010», éditions L'Harmattan.
22 octobre 2012 -
Le Bloc identitaire - et par définition Jeune Bretagne - entretient de bien étranges relations avec certaines personnalités. Le
8septembre dernier, Docteur Merlin, chanteur qui jouit d'une belle réputation auprès des mélomanes d'extrême droite, a donné un concert à Ti-Breizh. Les textes de ce dernier sont loin d'être
ambigus. Il a, par exemple, mis en musique des textes de Robert Brasillach, rédacteur en chef de «Je Suis Partout» hebdomadaire collaborationniste et antisémite. Robert Brasillach a été fusillé
en 1945 pour intelligence avec l'ennemi. Ti-Breizh a aussi accueilli en ses murs Guillaume Faye, ancien théoricien du Grece*. Sa rhétorique, qui prévoit un «assaut général contre le monde blanc
de la part des peuples de couleur» a été jugée suffisamment «crédible» et «intéressante» pour avoir été mise en ligne sur le site national-socialiste désormais interdit «Aime et sers». Avec, en
arrière-plan, une Swastika stylisée, le tout enrubanné d'une écriture gothique.
Des relations avec le Vlaams Belang
Jeune Bretagne entretient aussi d'excellentes relations avec le Vlaams Belang, le parti nationaliste flamand d'extrême droite, dont la branche jeunesse a été invitée
à organiser son université d'été à Guerlesquin. Ce parti a créé un énorme scandale, l'été dernier, quand trois de ses militants ont forcé des enfants - qui participaient à un barbecue halal dans
leur école - à manger des saucisses de porc! En sautant d'un lien à un autre, dans la sphère du net identitaire, on atterrit très vite sur le site Coq Gaulois, qui produit quelques «artistes»
comme Goldofaf. Ce rappeur aux origines brestoises reprend, à son compte, des maximes tristement célèbres comme «travail-famille-patrie». Il déclame aussi que les «Droits de l'homme», il n'en a
«rien à cirer».
*. Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne.