blog du Npa 29, Finistère

Les 26 et 27 juin, la capitale de l'Irlande du Nord, Belfast, a connu de violents affrontements comme on n'en avait pas vu depuis plusieurs années. Pendant deux nuits, plusieurs centaines
d'individus, organisés par les nervis d'extrême droite de l'UVF (Force des volontaires d'Ulster) ont attaqué le Short Strand, une enclave catholique de 3 000 habitants, isolée dans
l'Est-Belfast protestant.
Les attaquants ont usé de cocktails Molotov, de bombes à peinture et de fumigènes, tandis que les attaqués se sont défendus avec des briques et des barres de fer. Puis les armes à feu sont
sorties, laissant trois blessés par balle. La police et ses canons à eau n'auront réussi qu'à exaspérer la rage des émeutiers.
Bien qu'elles prennent rarement un caractère aussi spectaculaire, de telles tensions restent vives à Belfast. Si certains des « murs de la paix » érigés dans le passé pour désamorcer ces tensions
ont été démantelés, bon nombre restent, et les jets de projectiles de tous ordres par-dessus ces murs font partie de la vie quotidienne.
Ces tensions n'ont jamais eu grand-chose à voir avec la religion. Elles étaient le produit de la pauvreté d'une partie de la population -- tant protestante que catholique -- et de la
politique de l'État britannique se servant des craintes de la population protestante pour asseoir sa domination sur la province face aux nationalistes irlandais.
C'est cette situation qui, sur le fond de la crise sociale de la fin des années 1960, donna lieu à ce que l'on appela « les Troubles » -- trois décennies de guerre civile entre d'un côté les
nationalistes irlandais, qui prétendaient défendre les intérêts de la minorité catholique, et de l'autre l'armée britannique et ses auxiliaires paramilitaires « loyalistes »(tels que l'UVF), qui
prétendaient protéger la majorité protestante.
Ces facteurs de tension restent tout aussi présents. Les nationalistes irlandais ont beau siéger aujourd'hui dans les institutions provinciales aux côtés des unionistes protestants qui servent de
relais à la politique de Londres, la question nationale irlandaise n'est toujours pas réglée.
Quant à la pauvreté, elle est remontée en force avec la crise. L'Irlande du Nord compte parmi les régions les plus touchées par la hausse du chômage au Royaume-Uni, du fait de la dépendance de
son économie de l'industrie du bâtiment, qui s'est écroulée, et de l'emploi public, brutalement réduit par la politique d'austérité de Londres.
Avec leurs rues de plus en plus dégradées faute d'entretien, leurs boutiques fermées et la hausse du chômage, les quartiers ouvriers de l'Est-Belfast sont des ghettos plus fermés que jamais, où
règnent la drogue et les rackets divers, sous le contrôle de gangs loyalistes que les politiciens protestants -- voire les services spéciaux de Londres -- gardent en réserve en cas de
besoin.
Pour ces gangs, qui rêvent de retrouver l'emprise qu'ils avaient sur la population protestante à l'époque des « Troubles », la crise offre l'occasion de relever la tête en s'efforçant d'attiser
les haines et les préjugés dont se nourrit leur influence. C'est ce qu'ils ont montré lors de ces récents affrontements.
François ROULEAU
http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2239&id=40
Note du blog:
Nous sommes bien sûr globalement d'accord avec cet article (sinon nous ne l'aurions pas mis!). Mais il faut bien réagir sur "les nationalistes irlandais, qui prétendaient défendre les intérêts de la minorité catholique". C'est gênant.
D'abord, les nationalistes en question ne se définissaient pas comme "nationalistes", cette appellation est celle des modérés acceptant la présence anglaise, mais comme "républicains", "anti-impérialistes" et "socialistes". Cette petite "escroquerie intellectuelle" n'est pas anodine.
C'est bien sûr que les seuls qui défendent les intérêts de la classe ouvrière mondiale et des peuples en lutte, c'est LO. Depuis la France, ils représentent bien évidemment les intérêts de toute la classe ouvrière mondiale, voire de l'humanité , "en dernière analyse", sans doute.
Cela s'ajoute à un refus persistant de s'impliquer dans quelque structure de solidarité "de front unique" que ce soit, avec qui que ce soit. C'est valable en tout temps et en tout lieu. Pour la Palestine par exemple.
Plus modestement, nous avons contribué depuis le "Comité Vietnam National", les comités Palestine, Cuba, le Nicaragua, a "mettre les mains dans le cambouis", à soutenir concrètement des révolution en cours, à envoyer des "brigades de solidarité" (déjà en Yougoslavie en 1947 pour soutenir Tito contre Moscou) ou pour sauver des militants comme Bobby Sands.
Cela sans cacher nos divergences (comme avec Hugo Chavez actuellement).
Pour l'Irlande, la direction républicaine a (peut être?) trahi. Mais qui sommes nous, de quelle autorité disposon- nous, pour venir dire à tout un peuple qui s'est bien battu: "Je vous l'avais bien dit "!
La lutte armée de longue haleine qui finit en "front nationaliste" avec la bourgeoisie du Sud et les irlando-américians, c'était une erreur stratégique. Désormais gèrer avec les loyalistes de l'UDP, l'austérité britannique au lieu de la combattre, c'est terrible. Avoir comme unique stratégie de s'en remettre au seul ventre des femmes catholiques, pour que la lutte pour la réunification se fasse en "submergeant démographiqement " les protestants, c'est minable .
Mais la direction Adams-Mac Guiness a effectivement mobilisé la majorité de la communauté nationaliste pendant 3 décennies, menant une ingénieuse lutte de longue haleine, y compris militaire, admirée par tous les peuples, opprimés et autres, contre la toute puissance de l'impérialisme anglais. Et pour cela, tout simplement , "chapeau".