blog du Npa 29, Finistère
Les signataires de ce manifeste tiennent à affirmer qu’ils constatent les faits précisés ci-après, et sur lesquels une certaine confusion est parfois
entretenue :
- La langue d’Oc ou langue occitane est une langue romane qui s’est développée à partir du bas latin entre les Alpes et les Pyrénées sur un territoire englobant le
tiers sud de la France ainsi que des vallées du Piémont italien et le Val d’Aran en Espagne. Comme toutes les langues elle possède de nombreuses variétés régionales qui sont autant de richesses
et font qu’on peut la subdiviser en dialectes : le Provençal, le Gascon, le Nord-Occitan (Limousin, Auvergnat et Vivaro-Alpin) et le Languedocien …
- L’intercompréhension générale entre ces variétés pour un locuteur qui maîtrise correctement l’une d’elles se fait sans difficulté, dans cet espace d’oc il n’a
nullement besoin d’interprète ! Toutefois, le fait que cette langue n’ait jamais été la langue d’un ensemble politique uni, qu’elle ait été longuement confinée dans un usage principalement
privé et vernaculaire, entre groupes de proximité, a pu faire croire à quelques observateurs extérieurs ou inattentifs à un émiettement de cet ensemble en plusieurs langages différents.
Certains groupuscules, refusant le consensus de la majorité des linguistes sérieux, vont ainsi jusqu’à prétendre qu’il y aurait non pas une mais plusieurs « langues d’oc ».
- Outre le fait que cette conception linguistique s’oppose aux faits constatés et au consensus scientifique sur la question, elle ignore surtout la réalité
culturelle des pays d’Oc. Celle-ci ne se réduit nullement à l’étude de différences phonologiques et lexicales entre parlers ruraux. Au contraire, cette merveilleuse diversité a toujours été
utilisée pour développer une culture ouverte sur l’ensemble des pays d’Oc et sur le monde.
- En effet la langue d’Oc, riche de ses diversités locales sur le plan de la phonétique et du vocabulaire, s’est exprimée depuis un millénaire dans une ambiance
d’unité qui s’est avérée d’emblée au Moyen Âge. A cette époque les Troubadours Limousins, Auvergnats, Gascons, Languedociens ou Provençaux participaient tous ensemble à l’élaboration d’une
culture prestigieuse que l’on a pu qualifier de « printemps poétique de l’Europe ». Se déplaçant d’un bout à l’autre de l’aire géographique de la Langue d’Oc, ainsi que dans les
Cours de Castille, d’Italie, ou d’Angleterre, voire du Portugal ou d’Allemagne, ces poètes et musiciens raffinés participaient à l’évidence sans aucun cloisonnement au même élan
culturel.
C’est dans le même esprit à partir du XIXe siècle que Frédéric Mistral et ses amis ont brillamment relancé ce jaillissement créateur en fondant le Félibrige :
un grand mouvement de renaissance culturelle « Des Alpes aux Pyrénées » à résonnance internationale. La fondation de l’Institut d’Etudes Occitanes en 1945 par Ismaël Girard et ses amis
n’est que le prolongement et l’amplification de cette même dynamique préfigurée dès 1926 par Joseph d’Arbaud et Ernest Feroul. Cette aventure culturelle, malgré l’hostilité et le mépris qu’elle a
trop souvent rencontrés, a contribué indiscutablement à refaire de la langue d’Oc moderne une langue de civilisation et de culture à part entière, illustrée par plus de 1500 auteurs, qui, se
basant sur la grande richesse de ses variétés locales, dans une perspective d’unicité de cet ensemble culturel, en ont fait un remarquable outil de pensée et d’écriture qui n’a plus rien à envier
à aucune autre langue contemporaine sur le plan du potentiel de description et d’abstraction.
Dans tous les autres domaines de création, musique, spectacle vivant, la langue et la culture d'Oc manifestent leur unité à travers un formidable dynamisme créatif
fondé sur l'échange entre les différentes régions : les groupes musicaux gascons, par exemple, loin de se confiner en Béarn-Gascogne, se produisent en tous points du territoire, jusqu'aux Alpes
et au-delà, tout comme les Occitans cisalpins ou niçards vont se faire entendre loin vers l'ouest par un auditoire enthousiaste que borne l'océan. Demander, comme le font certains, que les
variantes de la langue d'oc soient reconnues comme autant de langues à part entière, c'est briser ce mouvement d'échanges multiples et appeler à un repli mortifère sur soi. Les variantes de la
langue d'Oc ne seront pas mieux défendues si elles se recroquevillent sur elles-mêmes en revendiquant chacune pour soi le statut de langues : elles se scléroseront jusqu'au dessèchement. C'est au
contraire en s'exprimant dans un cadre plus large qui leur servira de caisse de résonance qu'elles seront pleinement reconnues comme variantes.
La situation de la langue d’Oc est difficile du fait de la politique active d’éradication dont elle fait l’objet depuis trop longtemps et du peu de soutien qu’elle
reçoit des pouvoirs publics. Cette situation ne change rien à sa valeur d’outil de pensée et d’écriture. Son potentiel sur le plan de la culture est équivalent à celui de n’importe quelle langue
disposant d’un appareil d’état pour la soutenir.
En débat. L'occitan, ce "masque de fer" (1), reste un tabou
linguistique de l'Etat!
Sur les langues
régionales, Mélenchon trouble Paco Ibanez (Rue 89)