blog du Npa 29, Finistère
En Espagne, le Cap Finistère a ajourné son appareillage de Santander tandis que, détourné d'Ouistreham vers Cherbourg, le Mont Saint-Michel a rejoint le mouvement. Dérouté vers Brest, le Pont-Aven pourrait s'associer à son tour au mouvement, tout comme le Bretagne lors de son escale à Saint-Malo.
Cette extension des blocages tend les relations dans l'entreprise. À Cherbourg et Santander, la direction a refusé de nourrir les marins grévistes à bord du Cotentin. Personnels sédentaires et officiers, peu ou pas solidaires du mouvement, s'agacent. « Le climat n'est vraiment pas bon », commente un salarié.
Par ailleurs, une lettre a été distribuée, par l'armement, aux passagers britanniques bloqués sur chaque port : un millier en tout. Elle propose de les indemniser de leur frais de carburant, les invitant à rejoindre Calais et à présenter leur billet chez les concurrents P & O et My Ferry Link (ex-SeaFrance).
Les raisons de la grève
Pourquoi une telle mobilisation des équipages ? « Parce que la direction refuse d'étudier avec nous d'autres pistes d'économies », commente Jean-Paul Corbel, délégué CFDT. La réunion de concertation organisée, hier matin, à Roscoff a tourné court. « Nous proposons d'étudier toutes les solutions possibles avant de rogner nos salaires. Exemple : nous dépensons un million d'euros de timbres. Ne pourrait-on pas, comme avant, nous donner nos bulletins de salaires de la main à la main », suggère Jean-Paul Corbel.
Si les syndicats en sont arrivés à proposer de racler les fonds de tiroir, c'est que la situation financière n'est pas brillante. Le déficit cumulé de la société est évalué à 70 millions d'euros. En cause : la crise économique qui a fait s'effondrer les trafics transmanche et contraint les autres compagnies à réduire sérieusement la toile sur la Manche. À ces difficultés, s'ajoute la faiblesse de la livre sterling face à l'euro. Or, Brittany Ferries réalise plus de 80 % de son chiffre d'affaires avec la monnaie anglaise.
Pour tenter de stopper ses pertes, l'armement a décidé, en juin, d'engager un plan d'économie de 12 millions d'euros. Six gagnés en réorganisant les lignes. Six grattés sur la masse salariale. Notamment en supprimant une prime accordée aux navigants dans les années 1990. « Nous demandons que cette prime soit à nouveau versée quand les finances se porteront mieux », expliquent les syndicalistes. C'est le noeud d'un conflit qui inquiète les élus bretons et bas normands. Ils ont investi dans la plupart des ferries de la flotte. Une table ronde pourrait être organisée avec eux pour trouver une issue. Contactée, la direction de Brittany Ferries ne fait aucun commentaire.