blog du Npa 29, Finistère
Par le Lundi, 05 Novembre 2007
La Révolution russe d’octobre 1917 fut l’événement le plus marquant du XXe siècle.
Mais puisque ce sont les gagnants qui écrivent l’histoire, il est peu connu que cette révolution n’était que l’ouverture d’une immense vague de contestation du capitalisme qui a balayé tout le monde industriel, suscitant de puissants échos également dans le monde colonial. Partout entre 1918 et 1921 les effectifs syndicaux et les journées de grèves ont atteint des records historiques, tandis que se gonflaient les rangs de l’aile révolutionnaire des partis socialistes.
L’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie et la Finlande ont connu des révolutions, dont la force motrice était la classe ouvrière.
Des situations portant un potentiel révolutionnaire réel et immédiat ont surgi en Italie et dans des régions de Pologne et de France. Dans un mémorandum à la Conférence de paix à Versailles en 1919, le Premier Ministre britannique, Lloyd George, a écrit : « L’Europe entière est d’une humeur révolutionnaire. Les travailleurs ressentent une insatisfaction profonde des conditions de vie, telles qu’elles étaient avant la guerre. Ils sont remplis de colère et d’indignation. Tout l’ordre social, politique et économique existant est remis en question par les masses populaires d’un bout de l’Europe à l’autre.» (1)
Mais partout, sauf en Russie, la vague révolutionnaire a été refoulée (2).
Cet échec est à l’origine de la montée subséquente du fascisme (qui jouissait partout de la sympathie, et souvent de l’appui financier, du patronat) et aussi du totalitarisme stalinien. Rosa Luxemburg, assassinée en janvier 1919 par des forces proto-fascistes allemandes, a correctement formulé l’alternative qui confrontait l’humanité comme « socialisme ou barbarie » (3).
Mais si le rapport entre l’échec de la vague révolutionnaire à l’Ouest et la montée du fascisme est assez clair, le lien avec la montée du stalinisme est moins bien compris.
La Russie a connu deux révolutions en 1917, l’une en février, l’autre en octobre. En renversant la monarchie et son régime totalitaire (4) en février, les classes populaires n’avaient pas l’intention de remettre en cause le capitalisme. Cela explique pourquoi elles ont permis aux libéraux, représentants politiques des classes possédantes, de former le gouvernement provisoire. Les buts des travailleurs et des paysans étaient : une république démocratique, une réforme agraire (expropriation des terres de l’aristocratie et leur distribution aux paysans), le renoncement aux buts impérialistes de la guerre mondiale en faveur de la recherche active d’une paix démocratique et juste, et, finalement, la journée de travail de huit heures.
Les divers partis socialistes, y compris la majorité des Bolcheviks, ont appuyé le gouvernement libéral.
Mais après le retour en Russie de Lénine au début d’avril le parti a rapidement changé de position. Si Lénine a pu si facilement conduire ce revirement, c’est parce que la base et les directions intermédiaires du parti, en très grande majorité ouvrières, avaient depuis longtemps conclu, sur la base de leur expérience historique et toute récente, que les classes possédantes étaient opposées à la démocratie et partisanes ferventes de l’impérialisme russe. Selon cette analyse, que la direction bolchevique avait temporairement abandonnée dans l’euphorie d’unité nationale apparente suivant la Révolution de février, la révolution ne pourrait gagner que si elle était dirigée par un gouvernement ouvrier et paysan et en opposition aux classes possédantes.
Ce que Lénine a apporté de vraiment nouveau pour les Bolcheviks en avril 1917 (ses fameuses « Thèses d’avril ») c’était son appel à la révolution socialiste en Russie.
Il avait adopté cette position en 1915 sur la base d’une analyse des possibilités révolutionnaires immédiates ouvertes par la guerre mondiale dans les pays participants. Mais bien avant Lénine, Trotski, parmi d’autres militants de l’aile gauche du socialisme russe (5), avait conclu que la révolution en Russie, quelque soient ses buts initiaux, ne gagnerait que si elle renversait le capitalisme.
Pour approfondir:
Les leçons d'Octobre
En 1924, Trotsky publie ce texte, qui tire les premiers enseignements d'Octobre. Sa publication est évidemment liée au combat qui s'est engagé en Russie face à la montée de la bureaucratie. Ces "leçons" seront d'ailleurs à l'origine de la première campagne anti-trotskyste menée en URSS.
http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915.htm