Il y a deux cents ans, la jeune République française, après avoir fait reculer l'Europe coalisée, ose
braver l'Angleterre, l'ennemi héréditaire.
A la suite d'une rencontre avec les représentants de la Société des Irlandais unis catholiques et protestants, conduits par Theobald Wolfe
Tone, et sous l'impulsion du jeune ministre de la marine Truguet, les responsables politiques du Directoire décident la campagne d'Irlande. Les objectifs sont de soulever les populations
irlandaises contre les oppresseurs anglais, de proclamer leur indépendance et d'asseoir une République sur les ruines de l'aristocratie anglaise.
"Il s'agit de rendre à ce peuple généreux d'Irlande, mûr pour la révolution, son indépendance et la
liberté qu'il appelle."
Les 16.500 hommes de l'Armée d'Irlande commandés par le Général Hoche doivent embarquer sur les navires de l'Armée navale de l'Océan placée sous le commandement de
l' Amiral Morard de Galles.
Les 44 bâtiments, comprenant 17 vaisseaux, 14 frégates, 6 corvettes et 7 transports, répartis en trois escadres, se regroupent au port de Brest à la fin de l'An IV
(août-septembre 1796) pour appareiller le 15 décembre 1796.
Parmi les 17 vaisseaux de 74 canons, Les Droits de l'Homme, construits et lancés à Port-Liberté (Lorient) le 10 Prairial de l'An II (29 mai 1794) sont commandés par
le Capitaine de vaisseau Lacrosse. A son bord, en plus des 650 hommes d'équipage, sont transportés 549 hommes de la Légion des Francs sous les ordres du Général Humbert...
L'expédition d'Irlande est un échec. A peine l'escadre a-t-elle quitté le goulet de Brest qu'elle doit
affronter une grosse tempête qui la disperse au milieu d'une énorme confusion. Sans doute la saison n'était-elle pas particulièrement bien choisie.
Seuls dix navires peuvent mouiller en baie de Bantry. La Fraternité, ayant à son bord le Général Hoche,
commandant des troupes de débarquement, n'est pas au rendez-vous. Toute idée du débarquement est annulée. Les Droits de l'Homme qui ont capturé, à l'approche des côtes irlandaises, deux
bricks anglais, le Cumberland et la Calypso et fait une cinquantaine de prisonniers - dont le Lieutenant Pipon - croisent en mer d'Irlande pendant huit jours, puis, ayant constaté l'inutilité de
son attente, font voile vers Belle-Ile sur les côtes sud de Bretagne.
Le 13 janvier 1797, au large de Penmarch, apparaissent deux frégates anglaises l'Indefatigable, 44
canons, commandée par le Commodore Sir Edward Pelew et l'Amazon, 36 canons, commandée par le Capitaine Reynods. A 17h15 le combat s'engage. Aux bordées de l'Indefatigable, le Capitaine Lacrosse
répond par des volées de canon et de mousqueterie, la tempête l'empêchant d'ouvrir sa batterie basse de canons de 36 en raison des paquets de mer que le navire embarque. L'Anglais dispose d'une
supériorité en voilure et évite les manoeuvres des Droits de l'Homme visant à l'abordage où il aurait bénéficié d'une incontestable supériorité due aux 600 hommes de la Légion des Francs
embarqués à son bord.
Au bout de 13 heures de combat les tirs cessent, les munitions étant épuisées. Les navires anglais
abandonnent la lutte. L'Indefatigable, réduit à l'état de ponton, évite à grand peine les brisants de la baie et les rochers de Penmarch. L'Amazon se brise sur la côte de Plozévet livrant aux
Français son équipage et son Capitaine.
Les Droits de l'Homme, désemparés, sans gouvernail, sont poussés vers la côte de Plozévet, dans la baie
d'Audierne, par une mer déchaînée et talonnent, prisonniers des sables à environ 500 mètres de la côte. Les vagues qui déferlent avec furie enfoncent son arrière et submerge sa cale. Plusieurs
canots mis à la mer vont se briser sur les récifs de la côte ou se trouvent broyés contre la coque du bâtiment. Les radeaux de fortune n'ont pas meilleur sort. Le grand canot du vaisseau parvient
à déposer 25 personnes à terre mais le terrible vent d'ouest lui interdit de venir rechercher d'autres naufragés.
Il faudra attendre deux jours et deux nuits, sans nourriture et sans eau, pour que 5 chaloupes et un canot venus d'Audierne puissent aborder le
vaisseau et embarquer 400 hommes...