"Merci à la Belgique !" et "C’est dans le besoin que l’on reconnaît ses amis". Les réactions sont impressionnantes. Sur le site Malijet.com, de très
nombreux Maliens expriment leur satisfaction devant l’aide militaire [essentiellement logistique] que nous envoyons depuis la Belgique en direction de Bamako. Une année de chaos politique a
scindé leur pays en deux et un flux ininterrompu d’histoires les plus folles circulent sur des djihadistes qui recouvrent leurs femmes d’un voile. Certains Maliens se réjouissent – et on les
comprend – de voir le monde se tourner enfin vers eux.
Et pourtant… L’expérience nous a appris que l’aventure militaire dans laquelle se lancent avec précipitation la France et ses alliés – on pense forcément aux
Américains et à leurs alliés en Irak et en Afghanistan – pourrait être le prélude à une catastrophe imminente. Une intervention militaire à l’étranger se solde rarement par un succès. Les raisons
qui expliquent ce phénomène (j’en citerai trois) sont assez simples et valent pour la plupart des interventions étrangères. Le Mali ne fait pas exception.
Les trois raisons de l'échec
Pour commencer, ceux qui décident d’intervenir ont rarement des motivations qui correspondent aux besoins et aux intérêts à long terme de la
population. Si la France est aussi nerveuse à l'idée de voir Bamako tomber aux mains des forces anti-occidentales, c’est surtout pour des raisons économiques et idéologiques. Selon toute
probabilité, les griefs qui perdurent depuis des décennies entre les Touaregs dans le Nord, la crise politique à Bamako et la misère de tous les Maliens passeront au second plan lors de cette
opération militaire.
Ensuite, la lecture du conflit par ceux qui apportent leur aide est non seulement simpliste, mais elle est aussi, la plupart du temps, influencée
par des intérêts spécifiques. Habituellement, on montre un problème du doigt et on l’amplifie, et, au final, l'intervention ne fait qu'aggraver les difficultés. Là encore, les exemples de l’Irak
et de l’Afghanistan sont suffisamment évocateurs. Mais, au Mali aussi, nous risquons avec nos bombes de mettre dans le même sac, sans y prendre garde, l’islam politique, le djihadisme et le
terrorisme.
Enfin, l’aide repose en partie sur la conviction que les parties concernées ne sont pas en mesure de régler elles mêmes leurs problèmes, alors que
c’est justement là – dans la négociation – que réside l’espoir de toute paix durable. C’est le paradoxe de toute forme d’intervention, tant politique que
militaire. Quiconque entend vraiment faire quelque chose d’utile de l’extérieur ne peut malheureusement pas apporter de solution univoque au problème. La paix ne peut fleurir que sur un terrain
de confiance mutuelle, et cette confiance s’instaure justement lorsqu’on s’efforce de parvenir ensemble à une solution. Une intervention étrangère externalise cette confiance.
Cela vaut aussi pour le Mali. Autour de la table des négociations, les islamistes d’Ansar Dine, les Touaregs et les autorités maliennes étaient bien obligés de
traiter ensemble, mais, aujourd’hui, tout le monde compte sur la France et ses alliés pour résoudre la situation. Inutile de démontrer que nous sommes incapables de satisfaire ces
attentes.
Un plan international qui semblait prometteur
Et ce qu’il y a de triste, c’est que, jusqu’à récemment, les conditions semblaient prometteuses au Mali. Depuis près d’un an, une solution était recherchée et un
plan international avait été conçu [une opération militaire ouest-africaine devait avoir lieu dans le nord du Mali à la suite d'un accord passé en septembre entre la Cédéao et Bamako], qui se
distinguait du mantra classique de la Françafrique (le genre de projet où l’ancien pays colonisateur ou une autre puissance occidentale joue les je-sais-tout, après avoir brandi et amplifié une
menace imminente et inéluctable envers la "paix et la sécurité internationales", et se présente manu militari comme la solution la meilleure et la plus immédiate).