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blog du Npa 29, Finistère

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On a enfin vu le polémique « Hors la loi » de Bouchareb (Rue 89)

(De Cannes) Quel film derrière les funestes polémiques ? « Hors la loi », de Rachid Bouchareb, a été montré ce matin à la presse avant la projection officielle dans la soirée. S'il est moins inspiré qu'« Indigènes », le film fait la lumière sur une période ambiguë des histoires française et algérienne à travers un drame familial.


Précédé par une douteuse polémique initiée par le député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca, le « Hors la loi », de Rachid Bouchareb, objet de tous les commentaires depuis plusieurs semaines, a enfin déroulé ses bobines vendredi au festival de Cannes. (Voir la bande-annonce)

Ambiance des grands jours dès potron-minet… Escadrons de gendarmerie installés partout sur la Croisette, fouille minutieuse des journalistes à l'entrée de la projection matinale de 8h30 (celui qui porte un blouson avec plusieurs fermetures Eclair est très, très emmerdé) et attente un rien fébrile dans la salle.

« Hors la loi » : lumière sur des zones d'ombre de l'Histoire

Quatre ans après « Indigènes », salué à Cannes par un prix d'interprétation collectif, Rachid Bouchareb poursuit son flash-back nécessaire, direction les zones d'ombre de l'Histoire nationale et le rapport de la France avec ses enfants d'Algérie, période coloniale.

Dans un cinéma français si souvent frileux et timide face à son passé qui ne passe pas, l'activisme de Bouchareb et de ses acolytes (en premier lieu Jamel Debbouze, co-producteur) fait judicieusement tache dans le paysage.

Contrairement à ce que laissait supposer l'indignation de Luca et consorts (consécutive à une lecture supposée du scénario), « Hors la loi » n'est pas consacré au massacre de Sétif, le 8 mai 1945.

Seul le début du film (un petit quart d'heure) met en scène les « événements » sanguinaires, longtemps dissimulés sous la chape de plomb de la mauvaise conscience nationale.

L'histoire racontée par le film prend ses racines le 8 mai et bien plus tôt encore (un prologue met en scène l'expropriation d'une famille algérienne en 1925) mais, d'un point de vue strictement fictionnel, elle commence après.

Bouajila, Zem, Debbouze : guerre fratricide

« Hors la loi » raconte l'itinéraire en leur temps de trois frères : Saïd, Messaoud et Abdelkader. Arrêté pour activisme suite au massacre de Sétif, ce dernier (Sami Bouajila, impeccable) croupit de longues années à la prison de la Santé, à Paris. Il y consolide son engagement aux côtés du FLN.

Messaoud (Roschdy Zem), soldat de l'armée française, combat en Indochine. Saïd (Jamel Debbouze), lui, décide de quitter l'Algérie et de s'installer en France. Il trouve « refuge » dans le bidonville de Nanterre et comprend rapidement que le meilleur moyen de faire du fric est de s'adonner à diverses magouilles du côté de Pigalle. Les trois frères se retrouvent, mais n'empruntent en rien le même chemin.

L'Irak vu par Cannes

Parano U.S.

Dans « Fair Game », Doug Liman évoque l'affaire Valérie Plame, histoire véridique de cet agent de la CIA qui découvre l'absence d'armes de destructions massives en Irak.

Résultat : une fiction gentiment paranoïaque qui n'invente rien, ouvre quelques portes déjà bien ouvertes, mais se laisse regarder sans déplaisir, en premier lieu grâce à la prestation de Naomi Watts et Sean Penn.

Un petit Loach

Avec « Route Irish », Ken Loach filme l'enquête dépressive d'un ex-mercenaire anglais engagé en Irak. Son meilleur pote est mort sur place et il cherche à comprendre pourquoi.

Loach semble embarrassé par son intrigue et ses enjeux psychologiques.

L'enquête est laborieuse et les personnages -fait rare chez le metteur en scène- sont tout juste esquissés.

« Hors la loi » suit leur destin à Paris, jusqu'à la déclaration d'indépendance de 1962. Bouchareb, entre autres, met en scène l'activisme des militants FLN, prêts à tout pour entraîner leurs frères dans leur lutte. Impôt révolutionnaire, « pression » sur les compatriotes qui rechignent à militer et, pour certains, bossent en tant que fonctionnaires lambda pour la police française, assassinat des traîtres qui s'opposent à leurs options jusqu'au-boutistes.

Ambiguïté partout

Une cause juste justifie-t-elle tous les moyens ? La guerre exclut-elle tout sentiment ?

Si « Hors la loi » retrace une époque très peu fréquentée (euphémisme) par le cinéma français, montre les exactions policières et l'oppression, il cherche surtout à rendre compte des cas de conscience de ses personnages, aux prises avec une lutte à tout point de vue « fratricide ».

Les affrontements et contradictions qui rythment les relations entre les trois frères reflètent une période ambiguë.

Bouchareb ne s'adonne en aucun cas à la description de combattants indépendantistes parés de toutes les vertus. Plus subtil, le cinéaste donne à voir l'ambivalence déchirant son microcosme familial et, à travers elle, les difficultés à venir de l'Algérie indépendante.

De l'Algérie et des Algériens, dans leur pays et en France. De quoi alimenter plusieurs films à venir…

Même si « Hors la loi » souffre d'une certaine raideur didactique et, formellement, paraît moins inspiré qu'« Indigènes », son importance ne fait pas l'ombre d'un doute.

Quant aux polémiques déjà mentionnées, elles semblent encore plus absurdes après avoir découvert le film. Les manifestations organisées aujourd'hui à Cannes pour protester contre sa présence en compétition n'y changeront rien.

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