blog du Npa 29, Finistère
Par exemple, la précédente ministre du Logement, Christine Boutin, avait lancé une offensive similaire, en reprochant aux organismes HLM de ne pas loger les plus nécessiteux. Dans les faits, la rotation du parc, qui consisterait à faire partir les ménages qui se sont enrichis depuis leur entrée dans les lieux, ou à faire déménager les personnes âgées qui vivent seules dans des appartements familiaux, n'est pas simple à mettre en œuvre, tant ces situations humaines sont délicates à gérer.
Mais si le gouvernement souhaite atteindre son objectif de faire correspondre l'offre à la demande sociale, il peut avancer sur trois pistes, qui sont concrètement plus simples à emprunter mais qui nécessitent soit des budgets plus importants soit un bras de fer politique délicat. La première est la plus connue : construire des HLM dans les communes qui en comptent peu, et donc faire appliquer l'article 55 de la loi SRU, qui impose 20 % de logements sociaux dans les communes des agglomérations. Cela passe par des objectifs plus ambitieux, plus sociaux et appliqués à davantage de communes, une augmentation des pénalités à payer en cas de refus par les maires d'atteindre leurs objectifs et par la substitution de l'Etat en cas de mauvaise volonté manifeste des élus locaux.
La seconde consisterait à lutter vraiment contre les discriminations. En effet, on constate que les ménages immigrés attendent en moyenne deux fois plus longtemps un HLM que les autres, alors même qu'il leur est plus difficile de se loger dans le privé pour les mêmes raisons (préjugés des bailleurs, difficulté à trouver des cautions solidaires sur le territoire...). D'après une étude du Groupe d'études et de lutte contre les discriminations (GELD) de 2002, anonymiser les demandes de logement social permettrait de mettre les demandeurs à égalité, quels que soient leur patronyme ou leur lieu de naissance.
Mais la marge de manœuvre la plus importante pour répondre aux besoins réels des demandeurs de HLM reste la construction de logements « vraiment » sociaux (c'est-à-dire des PLA-I ou des PLUS, plutôt que des PLS). Or, on n'en prend pas le chemin. Ces cinq dernières années, l'augmentation de constructions de HLM repose essentiellement sur celle des prêts locatifs sociaux (PLS), des logements dits « sociaux » qui en réalité s'adressent aux catégories intermédiaires, et ont l'avantage de ne rien coûter à l'Etat en termes d'aides à la pierre. Décidément, résoudre la crise du logement sans débourser un centime est une mission difficile pour Benoist Apparu.
MD - Alternatives Economiques (4 Février 2010)