blog du Npa 29, Finistère
09.03.2011 | Courrier international
C’est une chanson qui a donné le signal du déclenchement de la “révolution des œillets”, en 1974. C’est encore une chanson qui sonne aujourd’hui la révolte des
précaires de tous bords. En écoutant Parva que sou (“Conne que je suis”) de Deolinda – un groupe très apprécié au Portugal, qui
modernise le fado et la musique populaire –, un chômeur, un boursier et un travailleur précaire ont en effet décidé de lancer un appel à une “manifestation de la génération fauchée” le 12 mars à Lisbonne
et à Porto, et cet appel est un succès. “J’appartiens à la génération privée de salaire et cette condition ne me dérange pas. Quelle conne je suis ! […] Et je me demande quel est ce monde
débile, où pour devenir esclave il faut avoir étudié. […] J’appartiens à la génération ‘A quoi ça sert de se plaindre’, il y a pire que moi à la télé. […] Mais cette situation a trop duré et je
ne suis pas conne !”
Des paroles qui constituent “un cri de révolte” pour António Novoa, le recteur de l’université de Lisbonne, interrogé par Público. “C’est un cri contre deux idéologies très marquées ces dernières années au Portugal. Celle du capital humain, qui est
représentée par le piège du diplôme, comme si le fait d’en avoir un était en soi un facteur de succès et d’emploi, et celle de la précarisation, qui maintient les gens dans une zone grise sans
qu’ils aient une quelconque chance de s’en sortir.”
Sur les 5 millions d’actifs portugais, on compte 2 millions de précaires (CDD, stagiaires longue durée, intérimaires, boursiers). Un million d’entre eux
sont au régime du recibo verde, contraints d’être en free-lance. Le recibo verde est un statut conçu à l’origine pour rémunérer les travailleurs indépendants, mais qui s’est généralisé, notamment
dans la fonction publique, et qui prive de nombreux droits (congés payés, congé de maternité, indemnités de chômage, etc.) ces employés devenus prestataires de services. Dernier signe d’une
certaine effervescence, le public portugais vient de choisir pour ambassadeur au concours de l’Eurovision, en
Allemagne, le titre La lutte, c’est la joie, du groupe Homens da Luta, qui s’inspire de l’imaginaire de
la chanson engagée pendant la période révolutionnaire.
http://www.courrierinternational.com/article/2011/03/09/la-generation-precaire-chante-et-manifeste