blog du Npa 29, Finistère
Dernière journée, dernières boîtes, de thon, ultimes palettes. Saupiquet ferme ses portes ce soir. La tristesse est sur tous les visages.
«Les salariés attendent la fin. Pour certains, c'est un soulagement, pour d'autres un coup sur la tête. On a l'impression qu'ils ne réalisent pas», dit le délégué CFDT de Saupiquet qui souhaite garder l'anonymat. L'usine ferme ce soir, au grand désespoir des 85 salariés... Un effectif qui a rétréci comme une peau de chagrin: du temps de sa splendeur, Saupiquet employait jusqu'à 350 équivalents temps plein pour fabriquer conserves de poissons et de légumes ainsi que des plats cuisinés comme le couscous qui s'affichaient dans les spots publicitaires télévisés.
Puis se sont écrites une à une les pages de la chronique d'une mort annoncée: celle d'un site presque centenaire sur la commune de Saint-Avé. Dégraissages, plans
sociaux, départ d'une ligne de fabrication vers l'Italie, et le coup de grâce avec l'effondrement du marché de la salade de thon appertisée... Le groupe italien Bolton, basé à Milan, a fini par
trancher: fermer Saint-Avé. Sur les 85 salariés, quatre seulement ont accepté une mutation, indique la CFDT: trois vers le site de Quimper et un en Thaïlande, à Bangkok. En tout et pour tout,
81salariés sont licenciés. 70 ont reçu leur lettre de licenciement le 19 juin, le jour même où les salariés organisaient leur repas d'adieu. Une dizaine d'emplois protégés la recevront
bientôt.
Les derniers jours
Les dernières boîtes de thon ont été fabriquées hier vers 16h. Aujourd'hui, les salariés s'occupent des derniers conditionnements. Derniers colis, dernières palettes perdues dans la zone de
stockage, jadis pleine à craquer, et aujourd'hui vides. Demain, seule une quinzaine de salariés restera sur place (dont les salariés protégés). Pour les dernières expéditions, ranger les
affaires, vider les bureaux. Ensuite, silence dans l'usine.
Cellule d'écoute individuelle
Un silence même pas troublé par les 17 personnes des services centraux qui resteront sur place jusqu'au 10 septembre avant de rejoindre Quimper... Toujours selon la CFDT, car du directeur Eric
Vibert ou de la direction générale à Courbevoie, rien, absolument rien ne filtre. Beaucoup de salariés ont tourné la page... En témoigne la cellule de reclassement mis en place avec son point
info-conseil: «72 personnes sont déjà venues, indique le syndicat. 72 personnes qui ont entamé une démarche pour trouver un autre travail». Une autre cellule a été mise en place au printemps mais
celle-là travaille dans la discrétion: c'est la cellule d'écoute individuelle. Combien a-t-elle reçu de visite. Même le syndicat l'ignore. Chacun partira avec 30.000 €, auxquels s'ajoutera la
prime de licenciement légale calculée en fonction de l'ancienneté (*).
Que va devenir le matériel?
La ligne de fabrication de thon en sauce pourrait partir à Quimper au mois de septembre. Les autres machines (pour la fabrication des saladières) pourraient être vendues. «A un conserveur de
légumes ou de viandes mais pas de poissons», dit la CFDT. Pourquoi vendue et pas déménagée? «Parce que la fabrication des saladières pourrait être sous-traitée en Espagne et là-bas, ils ont déjà
leur ligne de fabrication!». Quant à l'avenir même du site de 8 ha, il n'a, semble-t-il, toujours pas trouvé preneur. Une réunion avec le préfet et la direction de Saupiquet est prévue début
juillet.
(*) Exemple: un salarié avec 22 années d'ancienneté part avec un pécule de 40.000 à 45.000 € .
7h30 du matin, hier, les «Saupiquet» vont attaquer leur avant-dernière journée. Le coeur n'y est pas. Un seul mot dans toutes les bouches: «C'est dur»!
Sylvie 49 ans, 27 années d'ancienneté, employée au contrôle sertissage:
«J'ai rendez-vous vendredi à la cellule reclassement. Mais qu'est ce que je vais faire à mon âge? Cela va être dur, j'aurais bien voulu terminer ici».
Edith, 54 ans, 20ans d'usine, conductrice de machine:
«Aujourd'hui, je suis triste. On en veut beaucoup à Bolton! Ils auraient pu aller vers les légumes, au lieu de ça ils ont stagné avec les saladières. Ils se sont fichus dedans. Je vais essayer de
trouver un travail dans l'industrie alimentaire avec la cellule».
Liliane, 52 ans, 36 ans de carrière, ouvrière:
«On préfère ne pas en parler car on a les larmes aux yeux. Ici, on se connaissait tous, comme des frères et soeurs».
Roland 53 ans, 35 ans de boîte:
«C'est dur. Ici il y avait une solidarité. Dans le temps, il y avait douze usines en France, on faisait même des tournois de foot. On a reçu nos lettres de licenciement le 19, le jour de notre
repas! C'était dur... On part la tête haute. C'est mieux de voir partir tout le monde en même temps».
Carmen, 52 ans, 17 ans de carrière, conductrice de machine:
«On est écoeuré! On ne peut pas revenir en arrière».
Marie-France, 53 ans:
«Sur les dernières palettes, on a marqué des petits mots ?Saupiquet ferme? ou encore ?85 licenciements?. Quelqu'un lira peut-être ça dans les magasins».
Laurence, 46 ans, 26 ans de métier, conductrice de machine:
«On est résigné. On n'a plus le choix. Mais il y a de la colère aussi. La boîte, je l'ai vu grandir et mourir. Pour la direction, on est des jouets! Trouver un autre travail? On verra. J'ai
rendez-vous avec la cellule de reclassement».