blog du Npa 29, Finistère
En 1950, Mao profite de la campagne des « Cents fleurs » pour purger toute voix dissidente. Les déportations sont souvent arbitraires et massives - près de 500 000 personnes. Durant deux heures, le réalisateur chinois fait revivre les trois derniers mois d'existence du camp de Jiabiangou, un des pires.
En plein désert de Gobi, trois milles hommes y sont parqués. La fatigue, la faim et les conditions climatiques sont telles que le massacre est inévitable : à peine 500 survivants. Wang Bing reconstruit cette agonie par des plans lents et glaçants.
Les images sont éprouvantes. Inutile de lutter : le film nous aspire dans ce huis clos mortel.
Chaque matin, c'est le même rituel macabre dans le camp. Une équipe de fossoyeurs (des détenus) fait la tournée des baraquements pour ramasser les morts. Emballés dans des couvertures, les cadavres sont embarqués, direction le cimetière. Aucune sépulture, des centaines de corps sont à peine enterrés, difficile de ne pas penser à des charniers. Difficile aussi de ne pas trembler pour Wang Bing en imaginant les autorités chinoises en train de visionner son film.
La film a beau être une fiction, le réalisateur chinois prend des risques en abordant sans compromis ces goulags maoïstes. Il explique :
« Sur le tournage du film, la crainte d'être arrêté était constante. Chaque jour, des rumeurs sur une intervention de la police circulaient. Finalement, elle a eu lieu. Informés juste avant, on a pu nous enfuir en voiture »
Les heures de rushs ont ensuite été acheminées en France dans le plus grand secret.
Il est à espérer que le film puisse faire le chemin inverse. Les autorités chinoises continuent de faire régner la loi du silence, coupant la jeune génération de cette réalité historique. Certains camps de travaux forcés, hérités de la Chine de Mao, sont toujours en fonction. Selon plusieurs ONG, des milliers de chinois y seraient enfermés, trimant douze heures par jour pour contribuer au miracle économique du pays.
► « Le Fossé » de Wang Bing a été projeté le jeudi 10 mars à 20h30, dans le cadre du Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH), à l'Alhambra, 10, rue de la Rôtisserie, Genève.
► Article initialement publié le 08/03/2011.
Pour en savoir plus (archives Lcr)