Dans un billet du blog "GreatAmerica" consacré à des portrait de Républicains opposés à la réforme de la santé d'Obama, quelque chose de complètement épatant :
"SuzanKelleher, 67 ans, conductrice
de car scolaire, venue de Pennsylvanie. Elle brandit une pancarte montrant Obama en barbu, coiffé d’un turban. Sous cette représentation un rien outrée, elle explique d’une voix tranquille : « Nous
croyons en l’Amérique. Ici, c’est à chacun de se débrouiller pour faire son chemin. Nous ne voulons pas que le gouvernement nous dicte quoi faire. Moi, à 67 ans, je dois encore travailler parce que
ma retraite était placée en bourse : j’ai perdu 400 000 dollars avec la crise. Mais je préfère ce système, je travaillerai jusqu’au bout s’il le faut. Nous voulons rester un pays libre, pas sombrer
dans le communisme »."
N'est-ce pas extraordinaire ?
N'est-ce pas absolument prodigieux d'en arriver à un tel point de joyeuse aliénation ?
Cette femme a donc vraisemblablement travaillé jusqu'à un âge fort honorable. Elle a cru dans ce si joli système, elle a épargné - beaucoup, quand même, 400 000 bucks, a t-elle hérité à un moment ? -, son épargne a été volatilisée par ce même système adoré, et elle
sera donc obligée désormais de bosser jusqu'à ce qu'elle en crève...et elle continue à le soutenir, parce que l'alternative dans sa tête de vieille toupie faisandée, c'est le "communisme".
N'est-pas quelque part admirable ?
Oui, admirable en vérité, parce qu'une idéologie qui parvient à ce point à convaincre des anonymes, des millions de personnes à travers le monde, de se transformer en esclaves consentants qui
soutiennent avec enthousiasme le système même qui les spolie, décidément et quelque part, on ne peut s'empêcher de l'admirer.
Au delà du cas individuel de cette SuzanKelleher, elle est le symbole
vivant de ce syndrome de Stockholm à échelle planétaire qui voit des millions de dominés se faire les partisans les plus
enthousiastes de ceux qui les ruinent, qui les étranglent, qui détruisent leurs vies. Des décennies et des décennies de propagande individualiste, d'encouragement à l'égoïsme, de fariboles sur le
"rêve américain" et d'anticommunisme hystérique ont fini par créer des milliers et des milliers de SuzanKelleher, produits parfaits à la finition impeccable, prêts à se faire hacher sur place pour sauver ce qui précisément les opprime, et surtout pivots
indispensables, essentiels, pour que perdure cet état de domination non seulement acceptée, mais bel et bien désiré et surtout : aimé...
Parce que ne nous y trompons pas : sans les SuzanKelleher, sans les
anonymes laborieux et enrégimentés et aliénés comme elle, impossible au capitalisme de se maintenir durablement. Impossible de maintenir une organisation économico-politique d'une telle injustice sans y faire participer activement des pans entiers de ceux-mêmes qui subissent cette injustice. Il ne suffit pas de faire se résigner des majorités pour qu'elle soient écœurées de la politique, il faut aussi enrégimenter
des minorités suractives qui soutiendront cette injustice becs et ongles leur vie durant. Et feront retomber toutes les galères de
leur existence sur un "communisme" d'autant plus effrayant qu'il sera fantasmé omniprésent en tant que menace permanente à combattre.
Où l'art de faire voter les pauvres pour les riches.
On ne comprendra rien au capitalisme sans se pencher sur les SuzanKelleher.