blog du Npa 29, Finistère
16 janvier 2011 -
Ben Ali parti, la communauté tunisienne qui vit à Lannion a laissé éclater sa joie, hier après-midi dans le centre-ville. Dans le défilé entre mairie et sous-préfecture, beaucoup de joie, bien sûr. Quelques craintes, aussi.
14h hier, devant la mairie. Une poignée de militants d'Europe-Écologie-Les Verts, du Parti communiste, du Nouveau parti
anticapitaliste, de la Fase, de la CGT, de FSU et Solidaires, se rassemblent pour protester contre la répression en Tunisie. L'appel à manifester a circulé tardivement, par e-mail et échanges via
les réseaux sociaux. Les traits tirés par une nuit blanche, mais le sourire aux lèvres, les Tunisiens de Lannion sont bien là, eux aussi. Une vingtaine d'étudiants, chercheurs à l'Enssat ou
ingénieurs en stage dans les entreprises de Pégase, se répandent dans d'émouvantes scènes de liesse, aux cris de «Ben Ali est parti, Ben Ali c'est fini».
Appel à la vigilance démocratique
Denis Orjol, du PCF, prend la parole. Après le limogeage du gouvernement tunisien et la fuite de Ben Ali, il s'agit pour les manifestants d'assurer au peuple
tunisien leur solidarité. Mais aussi, face aux «silences complices de la France et de l'Union européenne», d'appeler à la vigilance démocratique. «Nous demandons (NDLR: à nos dirigeants) de
sanctionner et d'isoler le régime tunisien par tous les moyens politiques, économiques et financiers, jusqu'au rétablissement de la démocratie et des élections honnêtes.»
À la croisée des chemins
Akrmakrout, Tunisien, prend à son tour le porte-voix. Jeune chercheur CNRS au laboratoire Foton de l'Enssat, il appelle les Français, et plus largement l'Occident,
à soutenir son peuple pour lui permettre de poursuivre son chemin. «On est à ce carrefour, où tout se joue. Soit notre peuple, qui est un peuple pacifique, accède enfin à sa liberté. Soit le
régime bénéficie toujours de soutiens et nous retombons sous le joug de la répression.» Djamel, élève ingénieur en 3e année à l'Enssat, confie:
«Ça fait une semaine que je ne mange ni ne dors.On vit un moment révolutionnaire, historique». Tandis que Mehdi, stagiaire chez Alcatel-Lucent, se dit «partagé entre l'espoir et le scepticisme». «C'est une révolution 100% populaire, celle des jeunes las de n'entrevoir aucun avenir. L'armée n'a pas tiré une seule balle et nous nous en réjouissons. Le risque, maintenant, c'est de voir les fauteurs de troubles, islamistes, grandes puissances... entrer dans le jeu pour tenter de récupérer le mouvement.» Les Tunisiens, singulièrement les jeunes, savent qu'ils sont à la croisée des chemins et qu'un rien suffirait à leur faire manquer ce tournant. C'est tout leur avenir qui se joue, ces jours-ci... Entre la mairie de Lannion et la sous-préfecture, ils mettent tout leur coeur à entonner l'hymne de leur peuple
Après-guerre, alors que la décolonisation était un sujet très sensible, le futur leader tunisien (président de 1956 à 1987) a été interné cinq mois dans l’île. Souvenirs…
«Proche des habitants»
« Non, les gens n’avaient pas peur. Habib Bourguiba discutait avec les gens, il était très proche d’eux », se souvient Lucien Gourong. Le conteur, gardien de la mémoire de l’île de Groix, n’avait que onze ans quand cet épisode est venu semer le trouble dans la vie paisible des Groisillons, dédiée à la pêche, une île loin de tout.
«On le voyait avec sa chéchia»
« On le voyait souvent avec sa chéchia. Parfois en costume de ville, mais aussi en costume traditionnel ».
Personne ne s’attendait à voir débarquer cet hôte très surveillé, en mars 1954. Il ne restera que cinq mois mais son passage est inscrit dans l’histoire de l’île.
Le séjour ne durera pas
Une photo de l’Agence France Presse, durant cet exil forcé, le présente dans le bourg de Groix, bavardant paisiblement avec deux îliennes en coiffe. Entre le futur homme fort de Tunis et les Groisillonnes, le ton était plutôt familier. En témoigne cette répartie de Marianne, octogénaire en coiffe qui lui demande ce qu’il fait là. « En résidence surveillée », lui avait-il répondu. « J’espère pas trop cher », lui avait-elle rétorqué.
Le séjour ne durera pas. Habid Bourguiba gagnera finalement la région parisienne en juillet.