LEMONDE.FR avec AFP | 05.10.11 | 14h29 • Mis à jour le 05.10.11 | 15h12
L'OCDE a joint sa voix, mercredi 5 octobre, aux partisans d'une réorientation des aides
agricoles européennes, dont une part encore trop importante profite à des bénéficiaires qui n'en ont pas besoin, quelques jours avant la présentation par la Commission européenne de son
projet de réforme.
Dans un rapport publié mercredi, l'Organisation de coopération et de développement économiques estime qu'une part importante des aides agricoles européennes profite à des
bénéficiaires qui n'en ont pas réellement besoin, tels que des grandes exploitations ou des propriétaires terriens non agriculteurs.
L'OCDE reconnaît que les dernières réformes de la Politique agricole commune ont permis quelques progrès. Au cours des vingt dernières années, la part des aides agricoles dans les
recettes annuelles des agriculteurs est ainsi passée de 39 % en 1986-1988 à 22 % en 2008-2010, du fait des réformes, mais aussi de la hausse des cours des matières premières.
LA REINE D'ANGLETERRE TOUCHE DES AIDES
Le rapport tire néanmoins un bilan critique de ces aides versées directement aux exploitants, "une part importante profitant à des bénéficiaires non souhaités, c'est-à-dire
des agriculteurs n'ayant pas nécessairement des bas revenus". "En effet, les plus grandes exploitations reçoivent l'essentiel du soutien, alors que leur revenu est supérieur à
la moyenne de l'ensemble des exploitations", relève le rapport.
Le phénomène est particulièrement flagrant dans les quinze plus anciens Etats membres de l'UE, où "les 25 % d'exploitations les plus grandes avaient, en 2007, un revenu
agricole moyen annuel d'environ 73 000 euros par ferme (28 000 euros par unité de main-d'œuvre, ce qui représente le double du salaire minimum en France), qui correspondait à près de trois
fois le revenu moyen de l'ensemble des exploitations et 16 fois celui des 25 % d'exploitations les plus petites[respectivement 1,5 et 5,5 fois en considérant le revenu par unité de
main-d'œuvre]".
En outre, au fil des ans, une "portion croissante" des paiements a profité aux propriétaires non agriculteurs, de plus en plus nombreux à louer des terres, souligne le rapport.
UN PROJET DE RÉFORME CONTESTÉ
Le problème est connu de longue date et les ONG s'indignent régulièrement du fait que la reine d'Angleterre ou de grandes entreprises agroalimentaires comme le groupe Nestlé touchent
des centaines de milliers d'euros de la PAC. L'OCDE estime que restreindre ces aides
au revenu "à ceux qui en ont besoin permettrait d'en faire plus avec moins de
moyens".
La Commission européenne doit présenter la semaine prochaine une réforme
qui a précisément pour objet de résoudre ces problèmes, en limitant les paiements
aux agriculteurs actifs et en instituant un plafonnement des aides aux grandes exploitations, qui tient toutefois compte du nombre d'employés, pour ne pas troppénaliser celles qui en emploient beaucoup.
Pour autant, l'OCDE estime que "modifier la répartition des paiements en imposant des plafonds par exploitation ou en excluant les fermes d'agrément ne permettrait pas
de résoudre le problème de fond", à savoir qu'aucune cible de revenu n'est définie dans le cadre des objectifs de la PAC. Plusieurs grands
Etats européens, comme le Royaume-Uni, l'Allemagne ou les Pays-Bas voient la proposition d'un mauvais œil.