blog du Npa 29, Finistère
vendredi 11 septembre 2009
Nous sommes à la croisée des chemins. Issu de l’activité humaine, dans le cadre d’un modèle de production agricole et industriel que les sociétés industrialisées ont mis en place et qui se répand sur l’ensemble de la planète, le réchauffement climatique met en danger les moyens d’existence et les vies de milliards d’êtres humains, et menace d’extinction des millions d'espèces.
D'ores et déjà, des populations entières sont affectées, en particulier les femmes, les peuples indigènes, les paysan-ne-s et, de façon générale, les plus défavorisés.
Face à cette crise écologique et sociale, mouvements sociaux, organisations écologistes, politiques et scientifiques du monde entier appellent à une action urgente et radicale.
Du 7 au 12 décembre prochains, la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique se tiendra
à Copenhague.
Elle doit déterminer les objectifs et les solutions à mettre en œuvre à l’échelle internationale pour prolonger le protocole de Kyoto, qui prend fin en
2012.
Selon les climatologues, il faudrait que les pays industrialisés, premiers responsables de l’émission des gaz à effet de serre (GES), réduisent leurs émissions de
25 à 40 % d’ici à 2020 et de 80 à 95 % d’ici à 2050 (par rapport à 1990). Faire diminuer les émissions dans ces proportions est impératif pour limiter à 2°C la hausse des températures par rapport
au niveau de l’ère préindustrielle.
Au-delà, l’emballement climatique se produirait. Il ne serait plus possible de maintenir une température vivable sur terre.
Les politiques actuelles sont dans l’impasse
Jusqu’ici, les mesures mises en œuvre et prévues par les différents États sont tout à fait insuffisantes. Les mesures que préconise notamment l’Union Européenne,
qui n’envisage de réduire ses émissions que de 20 % en 2020, sont très en deçà des enjeux.
Et alors que leurs émissions de GES par habitant sont les premières au monde, la proposition des Etats-Unis (réduction de 5 % des émissions sur la même période) est, quant à elle, une véritable provocation vis-à-vis des autres Nations.
Les solutions proposées actuellement ne sont pas crédibles. Car elles reposent essentiellement sur les mécanismes de marché alors que la crise économique et financière a, une fois encore, montré leur incapacité à se substituer à l’action publique et collective.
La politique du « marché pilote » international de droits à polluer est clairement défaillante et les projets de l’Union européenne et des Etats-Unis en la matière relèvent du mirage idéologique.
Les fausses solutions sont également technologiques. Le nucléaire, outre qu'il s'agit d'une technologie porteuse de risques majeurs, ne peut être en aucun cas la
solution : même un développement ambitieux du parc nucléaire ne réduirait les émissions de gaz à effet de serre que de façon très marginale.
Les agrocarburants industriels quant à eux posent de nombreux problèmes environnementaux et aggravent la crise alimentaire sans contribuer à la baisse des émissions.
Des mesures véritablement alternatives sont nécessaires
Les objectifs de réduction des émissions de GES à atteindre ne peuvent l’être que par l’adoption, par les collectivités, les pays et les ensembles régionaux, de mesures radicales et alternatives :
- Démocratisation de l’économie, qui doit être orientée vers la satisfaction des besoins sociaux et le respect des contraintes écologiques, et non par le profit à tout prix, par les diktats de la société de consommation et du productivisme ; cela implique le soutien aux circuits courts, à l’économie sociale et solidaire, au secteur coopératif ;
- Réorientation des investissements (notamment de recherche) vers les énergies renouvelables, la cogénération, l’efficacité énergétique et les projets écologiquement soutenables ; valorisation de la sobriété énergétique ;
- Reconnaissance et protection des biens publics mondiaux tels que l’énergie, le climat, les forêts, la terre et l’eau ; arrêt de la déforestation, protection des forêts primaires et des océans, et, de façon générale, défense de la biodiversité sauvage et cultivée ;
- Relocalisation des activités économiques, rapprochement des lieux de vie et de travail, maîtrise de l’urbanisation, développement des transports collectifs, limitation du transport aérien ; taxation juste et progressive, au niveau national et international, de l’énergie et des transports les plus polluants ;
- Retour à la régulation du commerce international, garantissant notamment la souveraineté alimentaire et le développement massif de l’agriculture paysanne, au Nord comme au Sud ;
- Promotion d’un modèle alimentaire alternatif au modèle des pays industrialisés (majoritairement à base de protéines animales) afin de pouvoir diminuer les surfaces cultivées pour l’alimentation animale, donc réduire les émissions de GES du secteur agricole ;
- Rénovation massive des bâtiments et promotion de la construction écologique.
La Justice climatique et sociale doit être au centre des politiques mises en œuvre
Les responsabilités historiques des pays du Nord et du mode de développement productiviste dans cette crise globale doivent être reconnues. La justice et l’équité exigent que soit réparée la dette écologique du Nord, a minima par l’annulation des dettes du Tiers-Monde.
Les transferts technologiques respectueux de l’environnement et des sociétés au Sud doivent être financés et l’aide publique au développement augmentée, sans que cela exonère le Nord de ses propres objectifs de réduction des émissions. Les réfugiés climatiques doivent être reconnus et accueillis.
Au sein de chaque pays, des mesures d’accompagnement et de justice sociale sont indispensables afin que chacun puisse faire face aux changements à opérer, en ayant
la certitude que les efforts seront partagés par tou-te-s.
Il faut garantir un accès juste et équitable aux biens et services essentiels tels que l’énergie, qui ne doivent pas être laissés au marché mais faire l’objet d’une
réappropriation par la société.
Une autre répartition des richesses doit permettre une transition solidaire vers des économies écologiques, au Nord comme au Sud. Le droit au travail pour tous est au cœur de cette répartition. C’est pourquoi un emploi décent permettant un revenu digne doit être garanti à chacun-e.
Les revenus financiers et du patrimoine doivent être lourdement taxés afin de dégager les moyens nécessaires à la transformation des économies.
La gestion des financements doit être démocratique et garantir la participation des populations locales.
Les sommes colossales investies dans le sauvetage du système bancaire montrent que les moyens financiers existent. Les mesures à prendre doivent être débattues démocratiquement et faire l’objet de politiques publiques audacieuses, passant outre les intérêts des grands lobbies – notamment des hydrocarbures, et définissant une production industrielle axée sur les besoins et non sur le profit ainsi qu'une répartition plus juste des richesses naturelles et produites.
En France, nous appelons les associations de défense de l’environnement, syndicats, associations de solidarité internationale, organisations politiques, collectivités locales, et plus généralement tous les citoyen-ne-s à rejoindre la mobilisation internationale et à organiser des initiatives communes pour peser sur les décisions du sommet de Copenhague de décembre 2009.
Mobilisons-nous maintenant pour le climat et la justice sociale
Premiers Signataires :
Action Consommation, A.C.! Agir ensemble contre le chômage, Aitec - IPAM, Amis de la Terre, Attac, Bizi !, Confédération Paysanne, Ecorev', Fac Verte, FSU, Fondation Copernic, LDH, Mouvement de la Paix, MRJC, Réseau Féministe « Ruptures », Réseau Sortir du nucléaire, Solidaires, Vélorution Paris Île-de-France, Zone d'Ecologie Populaire
Soutenu par :
Alter Ekolo, Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique (FASE), Les Alternatifs, Les Verts, Parti de Gauche, NPA
jeudi 30 juillet 2009
Le devenir de l’humanité et de la vie sur la planète va se jouer à la conférence des Nations unies à Copenhague (du 7 au 18 décembre), dans le cadre de la convention mondiale sur le changement climatique. Sur trois fronts, en particulier.
En premier lieu, sur la question de savoir si les pays riches du monde sont disposés à suivre les recommandations du Groupe
intergouvernemental d’étude sur le climat (Giec), mis en place en 1992 par tous les Etats des Nations unies et qui constitue le plus grand exercice scientifique de prospective et d’évaluation
sur le climat réalisé au monde jusqu’à présent.
Selon les travaux du Giec, l’humanité doit impérativement, d’ici à 2100, maintenir en dessous de deux degrés la hausse de la température de l’atmosphère terrestre, si elle veut éviter des catastrophes planétaires.
A cette fin, le Giec estime qu’il est indispensable que le monde diminue d’ici 2050 de 60 % les émissions de CO2 par rapport au volume des
émissions de 1990 (80 % pour les pays riches et 20 % pour les autres).
Quant aux objectifs relatifs à une date plus rapprochée (2012 est devenue 2020), seulement quelques pays de l’UE (l’Allemagne surtout, la France…)
continuent à déclarer qu’ils sont prêts à diminuer de 20 % leurs émissions par rapport à 1990.
Mais le 12 juin dernier, à Bonn, lors d’une réunion préparatoire de la conférence de Copenhague, le Japon a affirmé qu’il ne prévoit pas de diminuer ses émissions de plus de 8 %.
De leur côté, les Etats-Unis de la nouvelle administration Obama ont déclaré non seulement ne pas envisager une réduction de plus de 4 %, mais ne pas vouloir demander à la Chine de prendre des engagements quantifiés précis.
Un geste diplomatique qui en dit long sur l’espoir des Etats-Unis de ne pas devoir non plus se soumettre à des obligations chiffrées. Or, à Bonn, des pays comme
la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud ont répété, non sans raison, que, tant que les pays industrialisés n’auront pas souscrit à la fourchette haute (- 40 % en 2020 par rapport à
1990) des réductions d’émissions préconisées par le Giec, ils ne signeront pas le futur traité et refuseront des objectifs de baisses de leurs propres émissions. Le défi est clair.
La responsabilité d’un tournant historique en faveur de la vie revient principalement aux pays les plus riches qui, depuis plus de cent ans, sont les plus gros consommateurs et gaspilleurs des ressources de la planète.
Le second front concerne les réticences croissantes de la part des dirigeants du monde à accepter de nouvelles régulations politiques publiques mondiales dans
l’intérêt de l’humanité.
Loin de conduire aux grands changements dont on parle tant, les trois crises mondiales actuelles (la pauvreté de 3 milliards d’êtres humains, la crise économique et financière et la crise environnementale) ne provoquent aucun réel changement du système qui est à l’origine de ces crises. Ainsi, les préparatifs de Copenhague mettent-ils en lumière deux tendances préoccupantes.
Sur le plan de la coopération internationale, d’abord, on constate une forte régression. S’abritant derrière l’alibi des nombreuses difficultés qui empêcheraient de réaliser des accords mondiaux efficaces, chaque pays, les plus puissants en premiers, pense à sa propre sécurité économique, environnementale et énergétique, et à sortir de la crise dans les meilleures conditions pour lui-même, en particulier pour les groupes sociaux les plus avantagés.
Deuxième tendance : tous les dirigeants semblent désormais convaincus, au nord comme au sud, que la solution à la «crise mondiale» passe par la relance de la croissance de l’économie de marché, mais de couleur verte (voiture verte, énergie verte, maison verte…).
Nul ne saurait contester l’importance et l’urgence de «mettre au vert» nos économies. Colorer de vert le système économique sans modifier les principes et les
modalités de fonctionnement qui sont à l’origine de la crise ne suffira pas. Avons-nous vraiment besoin de centaines de millions de voitures en plus dans vingt ans, même
vertes ?
Dans quelles villes circuleront-elles ? Des millions d’habitations supplémentaires à énergie passive et active, à New York, Paris, Francfort, Osaka, Dubaï, Los Angeles… ne résoudront rien pour les milliards de personnes pauvres, sans eau potable ni services sanitaires, sans habitation décente, sans accès à la santé ni à l’éducation de base.
L’agence des Nations unies ONU-Habitat prévoit 2,4 milliards de personnes habitant des bidonvilles en 2030 par rapport au milliard actuel.
Le gouvernement danois a jugé opportun d’organiser à Copenhague (du 24 au 26 mai) un World Business Summit dans le but de s’assurer le soutien des entreprises et de la finance au succès de la conférence de décembre.
Les participants ont approuvé une déclaration «The Copenhague Call» dont les propositions sont toutes centrées sur la priorité à donner aux innovations
technologiques.
Aucune référence n’est faite à des engagements précis de la part des entreprises concernant la réduction de leur consommation d’énergie et de leurs émissions de
gaz à effet serre.
Le premier ministre danois a publiquement exprimé son soutien à ces propositions. Dans ces conditions, quelles chances pour d’éventuelles propositions contraires
aux orientations et aux intérêts du monde des affaires ?
Enfin, troisième front, et pas des moins importants, celui de l’eau (et de la paix) dans le monde. D’après les travaux du
Giec, les conséquences les plus graves du changement climatique concerneront l’eau.
A cause de la fonte des glaciers et des calottes polaires, l’eau douce deviendra toujours plus rare. En 2050, 60 % de la population mondiale risquent d’habiter
dans des régions à forte pénurie d’eau.
Les travaux du Giec démontrent que les conflits entre pays et, à l’intérieur de ceux-ci, entre les différentes régions, se multiplieront autour de la propriété et des usages de l’eau. L’«or bleu» sera l’une des principales causes de guerres du XXIe siècle.
A l’heure actuelle, de façon assez paradoxale, l’eau ne figure pas à l’agenda des négociations de Copenhague. Seule y figure la question énergétique, le problème numéro un mondial uniquement pour les pays riches.
L’énergie post-pétrole a «vampirisé» les négociations sur le changement climatique. Il n’est pas possible de négocier l’avenir de l’humanité uniquement à partir de l’énergie sans prendre l’eau en compte (et donc l’alimentation, la santé…). Certains pays proposeraient que l’eau fasse partie de l’agenda pour le nouveau traité mondial. Il en va de la paix dans le monde et de la vie.
Par RICCARDO PETRELLA président de l’Institut européen de recherche sur la politique de l’eau (Ierpe), Bruxelles.