blog du Npa 29, Finistère
20 octobre 2009 à 18h03 - Le Télégramme
C'est un rapport sans commune mesure avec les discours habituels de la préfecture. Un rapport (hormis sa conclusion) qu'on croirait signé des associations écologiques. Un rapport qui n'aurait jamais dû être rendu public. Un rapport qui résonne, aussi, comme un aveu d'impuissance.
A voir également
> Le rapport confidentiel de la préfecture
Le 4 septembre dernier, le préfet des Côtes-d'Armor, Jean-Louis Fargeas, a
envoyé un courrier de 14 pages aux cabinets du Premier ministre, du ministre de l'Intérieur, du secrétariat d'Etat à l'Ecologie et au préfet de région.
Dans cette lettre, Jean-Louis Fargeas détaille le phénomène des marées vertes en
indiquant, tout d'abord, que, "dans le contexte breton, il s'avère que le facteur limitant de la prolifération algale est en fait l'azote (...). L'azote qui permet le développement
algal est apporté par les cours d'eau. Il est principalement d'origine agricole par l'intermédiaire des effluents (lisier et autres) et engrais minéraux (...).
Actions de surface
Le haut fonctionnaire détaille ensuite les conséquences des marées vertes (nuisances, effets
sur la santé, mise en cause de l'Etat, coût du ramassage...), avant d'énumérer les actions entreprises par l'Etat pour lutter contre les algues vertes.
"La profession agricole n'est
pas prête à accepter"
Mais, c'est surtout la conclusion du préfet qui détonne : "La diminution visible et
notable de ce phénomène (les marées vertes, NDLR) ne pourra passer que par un changement profond des pratiques agricoles sur les secteurs concernés, ce que la profession agricole n'est pas prête
à accepter pour le moment. Il s'agit de révolutionner sur ces secteurs, qui représentent 2190 exploitations (soit 25 % des exploitations agricoles dans les Côtes-d'Armor), les pratiques agricoles et changer complètement le modèle économique
existant".
"Le phénomène des algues vertes ne peut que
perdurer"
Et le préfet de poursuivre : "cette évolution n'est pas envisageable pour le moment, le
phénomène des algues vertes ne peut donc que perdurer. Afin d'éviter que l'Etat soit de nouveau mis en cause et pour obtenir des résultats en la matière, il importe néanmoins d'afficher une
politique volontariste pérenne visant à la stabilisation voir à la limitation raisonnée de ce phénomène des marées vertes. Ces actions ne pourront viser à supprimer totalement ce phénomène mais à
en limiter les principales nuisances".
En attendant le rapport de décembre
La publication de ce courrier intervient alors que cet après-midi, la mission
interministérielle voulue par François Fillon, est en déplacement à Saint-Brieuc pour auditionner les acteurs locaux du monde agricole et associatif mais également des élus.
Cette mission interministérielle (mise en place après la mort d'un cheval sur la plage de
Saint-Michel-en-Grèves le 28 juillet) doit rendre son rapport début décembre.
Dans un rapport confidentiel adressé au cabinet du Premier ministre, le préfet des Côtes-d'Armor indique clairement que les marées vertes sont dues aux rejets azotés des agriculteurs.
C'est un rapport sans commune mesure avec les discours «politiquement corrects» de la préfecture. Un rapport - hormis sa conclusion -
qu'on croirait signé des associations écologistes. Un rapport qui sonne, aussi, comme un aveu d'impuissance. Mais un rapport qui n'aurait jamais dû être rendu public. Le 4septembre dernier, le
préfet des Côtes-d'Armor, Jean-Louis Fargeas, a envoyé une note de 11pages, «sur le phénomène des algues vertes dans les Côtes-d'Armor», à plusieurs cabinets ministériels, dont celui de François
Fillon. Et la conclusion du haut fonctionnaire est on ne peut plus claire:«La diminution visible et notable de ce phénomène (les marées vertes, NDLR) ne pourra passer que par un changement
profond des pratiques agricoles sur les secteurs concernés, ce que la profession agricole n'est pas prête à accepter pour le moment. Il s'agit de révolutionner sur ces secteurs, qui représentent
2.190 exploitations (soit 25% des exploitations agricoles dans les Côtes-d'Armor), les pratiques agricoles et de changer complètement le modèle économique existant».
«Le phénomène ne peut que perdurer»
Et le préfet de poursuivre: «Cette évolution n'est pas envisageable pour le moment, le phénomène des algues vertes ne peut donc que perdurer. Afin d'éviter que l'État soit de nouveau mis en cause
et pour obtenir des résultats en la matière, il importe néanmoins d'afficher une politique volontariste pérenne visant à la stabilisation voire à la limitation raisonnée de ce phénomène des
marées vertes. Ces actions ne pourront viser à supprimer totalement ce phénomène mais à en limiter les principales nuisances».
Arrêt total de l'agriculture
Mais la note du préfet ne s'arrête pas à ces quelques lignes pessimistes. Car avant d'arriver à cette conclusion, les services de l'État énoncent ces fameuses solutions «révolutionnaires» dont
les agriculteurs ne veulent pas. Ainsi, pour une «limitation mesurée du phénomène», il faudrait, selon la préfecture des Côtes-d'Armor, abandonner les systèmes maïs, fourrage et soja et revenir à
une production fourragère à base d'herbe. Et pour avoir un «impact marquant» sur la prolifération des algues vertes, c'est «l'arrêt total de l'agriculture, avec conversion totale des terres en
prairies fauchées mais non fertilisées» qui est préconisé. Autrement dit, une cessation d'activité pour 25% des agriculteurs costarmoricains. Une mesure que même les militants écologistes les
plus virulents ne réclament pas.
Que dira la mission?
Reste qu'au-delà de son contenu, ce rapport pose une question supplémentaire: la mission interministérielle qui doit proposer des solutions pour lutter contre les algues vertes - et dont les
membres étaient hier à Saint-Brieuc - a-t-elle les coudées franches pour élaborer ses propositions?