blog du Npa 29, Finistère
Alain Menesguen, biologiste, spécialiste de modélisation mathématique des écosystèmes côtiers à Ifremer. Il siège au comité scientifique de suivi du plan Algues vertes.
Le syndicat agricole FDSEA estime qu'il n'y a pas de preuve scientifique sur le lien entre agriculture et marées vertes. Qu'en dites-vous ?
C'est inacceptable. Mon collègue d'Ifremer Jean-Yves Piriou et moi avons publié une vingtaine d'articles. Nous avons 25 ans de recul. Des dizaines d'autres articles dans le monde lient la prolifération d'algues vertes à l'excès d'azote. En Chine, qui connaît la plus grosse marée verte du monde à Qingdao (un million de tonnes évaluées, contre 100 000 tonnes en Bretagne), les origines sont multiples : villes et agriculture. Mais en Bretagne, depuis dix ans ces villes ont fait des efforts énormes, avec des stations de dénitrification. Aujourd'hui, elles n'apportent que 5 % des nitrates rejetés en mer. Le reste vient des fertilisants de l'agriculture. Les faits sont là.
Le phosphore des villes est aussi régulièrement désigné.
Toutes les algues ont besoin de phosphore et d'azote pour se développer. En eau douce, il y a un consensus. Les proliférations de cyanobactéries, des algues microscopiques, observées dès les années 1950 aux États-Unis, sont liées aux phosphates. Depuis, les phosphates ont disparu des lessives. Et les rejets de stations d'épuration sont déphosphatés. En mer, c'est différent. Les algues vertes ont besoin d'azote apporté par les rivières sous forme d'ammonium ou de nitrates. Car, contrairement aux cyanobactéries, elles ne savent pas pomper l'azote de l'atmosphère dissous dans l'eau.
N'avez-vous pas eu l'impression de prêcher dans le désert ?
Pendant dix ans le conseil général des Côtes-d'Armor pensait qu'il fallait déphosphater les rejets urbains. On a toujours dit que cela ne suffirait pas à régler le problème des algues vertes. On a perdu dix ans. Depuis longtemps, on a dépassé les bornes. En 1971, les rivières bretonnes contenaient 4,4 mg de nitrate par litre en moyenne. Jamais 10 mg. En 1995, c'était 38 mg en moyenne, avec des pics à 80 mg. Aujourd'hui, elles sont revenues à 30 mg en moyenne. Partout, si on veut baisser les marées vertes de moitié, il faudra descendre à 10 mg.
Qu'est-ce qui a changé ces dernières années ?
On se sent écoutés par les pouvoirs publics. Enfin, il y a deux ans dans son rapport, l'État a reconnu le rôle de l'azote. La mort du cheval (NDLR : en 2009 dans les Côtes-d'Armor) a tout changé. Mais les éléments pour faire bouger les choses existent depuis 20 ans. On sait que 20 % de l'azote de fertilisation repart à la mer. Les invectives n'ont aucune valeur scientifique. Il faut s'accrocher aux faits. On ne peut pas dérouter l'argent du contribuable vers des actions qu'on sait sans effet.
Recueilli par Sébastien PANOU
http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Algues-vertes-Nous-avons-perdu-dix-ans-_40734-1988592------29019-aud_actu.Htm
Commentaire: Les sommes en jeu sont tellement énormes ( dans le 29 beaucoup de ceux qui paient l'ISF sont des éleveurs de porc) que tous ces écolos feraient bien de remercier le ciel de ne pas avoir encore été victimes d'attentats!
N'oublions pas que l'un d'entre eux a été menacé de mort.