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blog du Npa 29, Finistère

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France : où en est le NPA ?

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5 septembre 2011

Article écrit pour la publication de Sinistra Critica (Italie).

 

Beaucoup s’interroge aujourd’hui sur le NPA, sa crise, voire sa quasi disparition, en tous cas son échec.

 

Après avoir été encensé pendant près d’un an, sa mort est annoncée quasiment chaque semaine dans les médias français. Et pourtant il est toujours là mais il importe de connaître ses problèmes car ils ne concernent pas que la France.

 

En effet on assiste en Europe à un véritable paradoxe : alors que la crise du système capitaliste est plus évidente que jamais et qu’elle a réussi à convaincre par ses conséquences sociales dramatiques des millions de gens que ce système était injuste et intolérable, les organisations anticapitalistes n’en n’ont pas profité et connaissent même des difficultés : cf l’échec électoral du Bloc de gauche au Portugal, la stagnation de Die Linke en Allemagne, les difficultés de l’Alliance Rouge et Verte au Danemark ou des coalitions Antarsya et Syrisa en Grèce. Cette crise systémique voit plutôt se développer l’extrême droite populiste ou des courants radicaux comme les Indignés (Espagne, Portugal ou Grèce). Parfois elle a permis l’explosion de véritables révolutions, mais qui ne débouchent pas encore sur des solutions anticapitalistes (Tunisie, Egypte, Syrie, Libye etc..).

 

anticapitalism coca

 

En France, le NPA s’est construit, il y a deux ans avec 9000 adhérents dont moins de 3000 issus de la LCR, son candidat Olivier Besancenot obtenant près de 5% à l’élection présidentielle et apparaissant dans tous les sondages comme un des hommes politiques les plus populaires du pays. Aujourd’hui le NPA a un peu moins de 5000 adhérents (3200 votants à la dernière conférence nationale, il y a quatre mois) dont la moitié n’était pas à la LCR, Il est traversé par de nombreux débats et certains parlent d échec du projet. Signalons que la situation du reste de la gauche de gauche n’est pas plus brillante : Quelques groupes avec quelques centaines de militants. Le seul parti qui a, pour le moment, réussi à stabiliser sa chute historique étant le PC, grâce à un front unitaire constitué essentiellement avec une scission de gauche du PS (2 à 3000 militants) derrière un ancien ministre Jean Luc Mélenchon. L’axe de son parti (le Parti de gauche) c’est : La révolution par les élections.

 

Le PC n’est plus une force nationale, mais reste une référence. Il est organisé autour de ses derniers bastions électoraux (environ 8000 élus et quelques centaines de mairies) avec des scores dans ces places résiduelles qui peuvent atteindre 20%, alors qu’ils ne sont que de 2 ou 3% dans le reste du pays. La moyenne d’âge de ses 70.000 adhérents est assez élevée. Si le Front de gauche a réussi à enrayer la chute du PC, il ne bénéficie pas pour le moment d’une dynamique que susciterait la crise. Et stagne autour de 5 ou 6%.

 

En revanche le ras le bol contre le gouvernement et le système est très fort. Il s’est manifesté, il y a plusieurs mois par une succession de journées de grèves générales et de manifestations de rue massives pour protester contre un nouveau système de retraite Mais l’absence de grève générale prolongée a fatigué les travailleurs et a abouti à l’échec de tous ces mouvements impulsés et controlés par les directions syndicales sans aucune possibilité de structure d’auto-organisation. Aujourd’hui, dans ce climat de ras le bol ou tout est possible, les travailleurs sont déboussolés ne croient plus en aucune alternative et s’ils donnent la majorité au PS lors de la prochaine présidentielle, ça sera uniquement pour chasser Sarkozy.

 

La création du NPA


Elle est dans la logique de ce que nous avons toujours expliqué dans la LCR : à savoir que pour des tas de raison historiques, la section française de la IVe Internationale, politiquement indispensable, ne pouvait avoir la prétention de rassembler tous les révolutionnaires et que quand les conditions le permettraient il faudrait s’ouvrir à des gens d’accord avec nous sur les tâches mais pas forcément sur tous les bilans historiques. Or, il y a deux ans, le pays connaissait de fortes mobilisations sociales dans une période de radicalisation politique. On sentait que des milliers de gens, notamment des jeunes étaient attirés par l’anticapitalisme sans pour autant se réclamer du « trotskysme » et ne se reconnaissaient plus dans la gauche institutionnelle (PC et PS).

 

Le projet du NPA en devenir était donc de rassembler le maximum de militants sur une base anticapitaliste claire : indépendance de classe, refus de toute cogestion institutionnelle avec le PS et donc de toute coalition gouvernementale PS-PC, internationalisme, féminisme, écologie. Bref, des bases essentielles où nous laissions en débat, outre le bilan du passé, tous les problèmes stratégiques de prise du pouvoir et de sa gestion.

 

Ainsi nous faisions appels aux inorganisés mais aussi aux libertaires, aux écologistes anticapitalistes, aux militants PC, aux altermondialistes, aux militants syndicalistes ou associatifs. La plupart des nouveaux adhérents qui répondirent à cet appel n’avaient jamais été organisés politiquement. Leur point commun était d’en découdre avec la droite et les fascistes sans faire confiance à la gauche. Quelques dizaines sont venus du PC ou des libertaires, quelques uns des Verts. Enfin plusieurs groupes (Fraction de LO) ou tendances organisées sur le plan international (IST et CIO) sont entrés dans le NPA en plus de la IVe Internationale.

 

anticapitalism coca

 

En revanche à la différence des regroupements anticapitalistes au Portugal ou au Danemark, aucune organisation de la gauche radicale en tant que telle n’a accepté de se joindre au processus. La LCR en tant qu’organisation s’est donc retrouvée seule pour aider à construire ce nouveau parti A cette étape, la percée médiatique assez exceptionnelle dans l’opinion d’Olivier Besancenot nous a aidé considérablement même si, en même temps, elle faussait un peu les analyses. Combien de gens nous demandait d’adhérer au « parti d’Olivier » et qu’il « devienne Président »... Ainsi grâce à Olivier mais surtout au message qu’il faisait passer pour des millions de gens, nous nous sommes retrouvés à 9OOO avec des niveaux de politisation et d’exigence très différents.

 

Au sein même du parti, certains débats ou divergences politiques ont été plus ou moins consciemment occultés mais vont ressurgir quand Olivier décidera, il y a quelques mois, de rester à la direction du parti mais de ne plus être son porte-parole. Entre temps quelques milliers d’adhérents vont disparaître du fait des nouvelles difficultés de la situation politique et du militantisme. Souvent ils restent à nos cotés mais ils avaient eu trop d’illusions et le militantisme quotidien d’aujourd’hui ne les attire pas. Peu sont partis pour des raisons politiques, peut-être quelques dizaines, nous trouvant trop « sectaires » ont rejoint le Front de gauche.

 

C’est dans cette nouvelle conjoncture à la fois riche d’explosions possibles mais lourde des défaites passées que des débats assez durs traversent le parti, la plupart du temps animés par des anciens de la LCR. Si quasiment tout le monde est d’accord, au moins en principe, avec la tactique du Front unique dans l’action avec les réformistes, il y a divergences tactiques ou stratégiques sur la frontières des alliances, notamment électorales avec le PC et le Front de Gauche. Si là encore presque tout le monde est d’accord de ne pas participer à un gouvernement avec le PS et le PC, une forte minorité pense qu’on peut faire des alliances électorales avec ces forces gouvernementales quitte à les lâcher quand viendra le moment où elles soutiendront un gouvernement de gauche.

 

La majorité du NPA pense que si l’unité est indispensable dans l’action, il ne faut pas créer d’illusions sur le plan électoral d’autant plus qu’une bonne partie de nos sympathisants reprochent justement au PC tout ce qui est magouille électorale et institutionnelle. Il y a donc un débat à venir sur tous les phénomènes de radicalisation en cours et comment elle s’exprime. Et c’est vrai que nous touchons désormais deux types de public différent : un public de gauche assez politisé et relativement vieux qui pensent que nous sommes sectaires et qu’on devrait être l’aiguillon radicale d’une union de toute la gauche et un public plus jeune et plus populaire qui d’ailleurs s’abstient souvent aux élections et qui ne veut plus entendre parler de tous ces jeux institutionnels et n’a pas plus confiance dans la gauche que dans la droite avec souvent cette réflexion : « Au moins Olivier, il est comme nous ».

 

Certes les débats sont parfois plus difficiles au NPA avec toujours la crainte de les voir monopolisés par les anciens de la LCR. Ceci dit quoi qu’en pensent certains, il ne faut ni regretter la LCR ni considérer que notre démarche de regroupement a été un échec.

 

anticapitalism coca

 

Il y a des périodes dans l’ histoire où les révolutionnaires sont tellement isolés que leur sale tâche est de se regrouper entre convaincus et de maintenir le drapeau en attendant de meilleurs vents. C’est ce que la IVe Internationale a justement fait. Nous étions 120 quand j’ai adhéré au PCI dans les années 60... mais on ne peut pas continuer à théoriser cette situation quand la période change totalement comme aujourd’hui avec une crise sans précédent du capitalisme, la disparition du stalinisme et partout de nouvelles générations de combattants. C’est à nous avec elles de refonder des outils et des perspectives révolutionnaires adaptées à la nouvelle période avec tous les hauts et les bas qu’on va connaître.

 

Malgré toutes ces difficultés conjoncturelles, le NPA a une audience que n’avait pas la Ligue. Ses militant(e)s sont partout présent(e)s voit parfois à l’origine de structures unitaires avec toute la gauche politique et syndicale (lutte sur les retraites, défense des immigrés, droit des femmes, écologie, défense de la santé etc..). L’annonce de la non candidature de Besancenot a fait le tour des médias pendant plusieurs jours.. A nous maintenant de faire connaître le nouveau candidat à la présidentielle, Philippe Poutou dirigeant ouvrier CGT d’une des rares grève à succès pour sauver plusieurs centaines d’emploi chez Ford à Bordeaux.

 

La grande difficulté à laquelle nous sommes confrontés est celle du seuil de crédibilité politique. Le NPA est connu et reconnu dans les mobilisations, Olivier souvent accueilli avec enthousiasme à la porte des entreprises ou dans la rue, mais dans la période de crise terrible que nous connaissons, la masse des travailleurs ne croient pas en nos solutions qui impliquent une telle mobilisation qu’elles deviennent utopiques et alors c’est le choix simpliste des mots d’ordre populistes ou, quand la droite est au pouvoir, le vote utile PS pour la chasser parce que c’est le minimum crédible. D’un certain point de vue, la crise est venue trop tôt et avec des effets terribles, au moment où commençait seulement à se construire dans plusieurs pays une gauche anticapitaliste. Cependant tout est possible y compris de profondes explosions sociales dans une période où le mouvement ouvrier est en pleine recomposition et où la crise n’en est qu’à ses débuts.


Le développement des gauches anticapitalistes en Europe est lié aux mobilisations à venir et à notre capacité à construire une organisation à la fois ouverte et unitaire mais aussi ferme sur les grandes options révolutionnaires.

 

Alain Krivine

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