blog du Npa 29, Finistère
4 novembre 2010 à 20h17 - Le Télégramme
Grande voix de la radio et de la télévision en breton, Charles Le Gall, plus célèbre sous le nom de Charlez ar Gall, est décédé, mercredi, à l’âge de 89 ans.
Né en 1921 dans une famille d’agriculteurs à l’Hôpital-Camfrout (29), près de Brest, Charles Le Gall n’avait appris le français qu’une fois scolarisé. Marié à Jeanne-Marie Guillamet, qui sera connue sous le nom de Chanig ar Gall, et devenu enseignant, il rejoint l’association Ar Falz à la Libération et, en 1959, succède à Pierre-Jakez Hélias au micro des programmes en breton de Radio-Quimerc’h et d’Inter-Bretagne.
Durant 17 ans, il y anime plus de 800 émissions. À partir de 1964, il devient le premier "speaker" bretonnant de la télévision régionale où il présente une chronique hebdomadaire. Collaborateur à la revue "Brud", devenue "Brud Nevez", Charles Le Gall était membre de la Société archéologique du Finistère et vice-président fondateur de la Société d’Études de Brest et du Léon.
Un hommage lui sera rendu demain, à 11h, au jardin Kennedy, à Brest.
Le décès de Charlez ar Gall :
la langue bretonne en deuil
La Bretagne et la langue bretonne sont en deuil. L'une des personnalités les plus attachantes et les plus populaires de Bretagne est décédée ce 3 novembre 2010, à
l'âge de 89 ans : il s'agit de Charles Le Gall, bien connu de tous sous le nom de Charlez ar Gall.
Je rends hommage à l'homme de conviction et à l'éminent bretonnant : il a joué un rôle de premier plan dans les années 1960 et 70 pour le développement de la radio
et de la télévision en langue bretonne. Charlez ar Gall a été en effet le tout premier présentateur en langue bretonne de la télévision régionale dès sa création en 1964. C'est par la radio qu'il
avait débuté sa collaboration à l'ORTF : il prend le relais de Pierre-Jakez Hélias en 1959 pour animer les émissions de Radio-Quimerc'h. En janvier 1971 est créé le premier magazine en langue
bretonne de la télévision, sous le très beau nom de "Breiz o veva" (La Bretagne qui vit) : Charlez ar Gall se retrouve tout naturellement à la tête de l'équipe qui en prend la charge et qui
comprend sa femme Chanig ar Gall, Pierre-Jakez Hélias et moi-même.
Sa carrière audiovisuelle a cependant été marquée par deux évènements qui ont eu à l'époque un retentissement considérable en Bretagne. En 1962, il est en effet
suspendu pendant un mois par le Ministre de l'Information de l'époque pour avoir diffusé une chanson considérée comme séditieuse : "Emgann Montoulez" qui relatait la prise de la sous-Préfecture
de la ville par les paysans léonards. En 1974, c'est une de ses chroniques télévisées qui est tronquée lors de sa diffusion : il préfère alors démissionner. Quelques jours plus tard avait lieu
l'attentat du Roc-Trédudon. Charlez ar Gall avait été très affecté par cette succession d'évènements.
Instituteur de formation et enseignant de profession, Charles Le Gall n'a jamais travaillé qu'à temps partiel dans l'audiovisuel : sa contribution aux programmes en
langue bretonne de la radio et de la télévision n'en est que plus remarquable.
C'était un homme de conviction et d'une grande intégrité, chaleureux, ouvert à la discussion. Proche d'Armand Keravel et de Pierre-Jakez Hélias, il est de ceux qui
ont relancé le mouvement Ar Falz dans un contexte difficile, aux lendemains de la Libération, puis participé à la création de la fédération Emgleo Breiz et de la revue Brud (aujourd'hui Brud
Nevez).
Charlez ar Gall était un éminent bretonnant, s'exprimant à l'oral comme à l'écrit dans une langue authentique, avec une belle aisance et un grand souci de la
précision. Il aura grandement contribué à la réhabilitation de sa langue maternelle : par la parole quand il s'exprimait sur les ondes, et par ses écrits, puisqu'il a continué à publier dans la
revue Brud Nevez jusqu'à ces derniers mois.
Fañch Broudic
Ancien responsable des émissions en langue bretonne sur France 3 Ouest
Président d'Emgleo Breiz
Note du blog:
Des points ne sont pas développés dans ces deux articles.
D'une part pour adhérer à "Ar Falz" en 1945 il fallait être de gauche, et enseignant, tout en défendant la langue bretonne, ce qui n'était pas si évident que cela. Les "jacobins" (ou colbertistes, ou bonapartistes parce que la Révolution a bon dos!) de droite comme de gauche se sont emparés du rejet des nationalistes collaborateurs par la population, pour combattre également la langue, qui n'avait rien fait. Cela a eu un joli succès, la population a abandonné massivement la transmission familiale dans les années 50 60.
Il y a eu un "front unique" pour la défense de la langue entre personnalités "républicaines" de gauche, du PS, du PC et des écclésiastiques. D'aillleurs ce n'était
pas spécifiquement breton, car les terres "radicales" (catalogne, occitanie) ont également participé au mouvement laïc des langues de France. Mais il fallait compter avec une opposition très
marquée du reste de la classe politique, gaulliste en particulier et donc des médias. Le Télégramme de Coudurier père n'étant pas le dernier à censurer les communiqués d' Emgleo Breiz, Jean
Ferniot de RTL en remettait une couche... Il était de bon ton de se moquer des "patois", cela faisait "intelligent".
On peut créditer à ce mouvement la loi Deixonne qui permettait l'alphabétisation des petits qui étaient déjà bretonnants, contrairement à aujourd'hui, où on apprend à parler à des francophones. Hélas, cette loi est arrivée au moment d'une grande hostilité des milieux enseignants qui ne s'en sont guère servi, et des parents. On doit aussi à ces pionniers, un rôle plus profond, par des pétitions massives et des prises de positions de conseils municipaux ils ont ouvert la voie à tout ce qui a été admis et obtenu à l'heure actuelle.
Mais ce mouvement à la fois "populaire" et "à contre-courant" portait une contradiction "mortelle". Il ne s'intéressait qu'au breton populaire réellement existant transmis naturellement en Basse-Bretagne. Il défendait les droits des "locuteurs" et pas ceux de "la langue". Il ne s'est jamais fixé pour but de faire parler breton à des des francophones de naissance, ou à la marge. Certains comme Tricoire de la méthode du même nonm, ont certes appris le breton, mais un breton populaire. Une fois que les familles ont arrêté de transmettre le "trésor du breton parlé" , ce mouvement s'est trouvé littéralement "asséché", n'envisageant aucunement d'aller "convertir" des rennais(e)s.
Il fallait aussi subir les critiques des milieux nationalistes qui relevaient la tête plus on s'éloignait de la guerre. D'origine pourtant réactionnaire, ceux-ci se gaussaient volontiers des catholiques ( Favé, Seïté, Falc'hun) qui prenaient part à ce combat "français" et bien sûr des communistes et socialites "patriotes français". Ils étaient pris entre deux ou trois hostilités conjuguées.
Enfin, avec Charlez ar Gall, c'est la langue bretonne des paysans qui s'éteint, la langue authentique des campagnes de Basse-Bretagne celle qui "sentait trop la
ferme".