blog du Npa 29, Finistère
Exemplaire du Paria Tribune du Proletariat colonial)
RP : On va revenir sur cette question un peu plus tard… Bien différents de tous les Cachin, les Frossard, de tous ces gens qui ont voté les crédits de guerre et qui sont rentrés au PC par arrivisme et opportunisme, il y a aussi d’autres dirigeants du PC que vous aimez évoquer Ian. Un de ceux-là s’appelle Hadjali Abdelkader[18]…
IB : Bien sûr ! Hadjali était né en Algérie. Il est arrivé en France, a épousé une Bretonneet il est devenu citoyen français. La plupart des travailleurs algériens qui venaient en France n’avaient pas la citoyenneté.
Hadjali fait alors très tôt partie de l’équipe autour du journal Le Paria[19]. C’était un journal qui avait été lancé avec l’Union Intercoloniale par le PC, pour suivre une des vingt-et-une conditions fixées par les bolchéviks pour pouvoir adhérer à l’Internationale Communiste. Une de ces conditions c’était justement de s’organiser contre le colonialisme. Il y avait dans l’équipe de rédaction un petit nombre de travailleurs et d’étudiants venus des colonies. Le rédacteur en chef n’était autre qu’un certain Nguyên Ai Quôc, connu plus tard sous le nom d’Ho Chi Minh…
Hadjali a écrit plusieurs articles pour Le Paria au sujet des conditions de vie des travailleurs algériens à Paris. Ce qui est drôle, c’est qu’il écrivait sous pseudonyme. Il en avait plusieurs : Ali Baba par exemple, ou encore Hadj Bicot. Il prenait une épithète raciste pour le retourner contre le racisme.
En 1923 c’est l’invasion de la Ruhr [par les troupes françaises]. Beaucoup de soldats algériens étaient envoyés dans la Ruhr et il y existait une grande agitation parmi ces soldats. Il y avait un journal du PC qui s’appelait La Caserne. C’était un journal antimilitariste qui circulait beaucoup parmi les soldats et qui avait sa version arabe à laquelle participait Hadjali, destinée aux tirailleurs algériens. Un de ses camarades, Mahmoud Ben Lakhal[20], a d’ailleurs été arrêté et emprisonné à l’époque pour ses activités contre la guerre.
RP : Le PC n’a pas hésité à le présenter, lui, le travailleur algérien, aux élections législatives en 1924, et il en a fallu de peu pour qu’il soit élu, c’est cela ?
IB : Tout à fait. En 1924 Hadjali a été candidat à l’Assemblée Nationale. Il a mené une campagne où il parlait surtout des conditions des travailleurs algériens, du racisme, mais aussi des situations dans les colonies, du code de l’indigénat, etc. Il n’a pas été élu d’un cheveu en fait. Il ne lui manquait que très peu de voix. Il en a obtenu presqu’autant que les candidats communistes les mieux placés sur la liste.
Donc tout cela montre aussi que même si très peu de travailleurs algériens avaient le droit de vote, les ouvriers français pouvaient voter pour un travailleur algérien à une élection. Hadjali a d’ailleurs été élu en 1926 au Comité Central [du PC]. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est qu’au cours de toutes ces années, Hadjali n’avait jamais cessé d’être musulman pratiquant. Il a d’ailleurs écrit à ce sujet un article dans Le Paria, pour expliquer l’attitude que les révolutionnaires devraient avoir à l’égard des musulmans.
Et puis il y a l’amitié avec Messali. Un des jeunes algériens, ouvrier d’usine, qui fréquentait les réunions animées par Hadjali, c’était le jeune Messali Hadj. Ils sont devenus très amis. Messali est entré au Parti Communiste et c’est ensemble qu’ils ont créé l’Etoile Nord-Africaine en 1926. L’Etoile Nord-Africaine, c’est le berceau de tous les mouvements ultérieurs pour l’indépendance algérienne.
[18] Hadjali Abdelkader (1883-1957).
[19] Voir à ce sujet l’excellent article de I. Birchall écrit en 2001 et publié dernièrement dans la version électronique de la revue Contretemps, « "Le Paria". Le Parti communiste français, les travailleurs immigrés, et l’anti-impérialisme (1920-1924) », www.contretemps.eu/intervent...
[20] Mahmoud Ben Lakhal (1894- ?). Militant communiste anticolonialiste algérien, membre de la rédaction du Paria et fondateur de l’Etoile Nord-Africaine. C’est le premier algérien à faire publiquement campagne pour l’indépendance de l’Algérie lors des élections algéroises d’avril 1927. Il sera, pour ce motif, déporté dans le Sahara par les autorités coloniales françaises.
Source:
http://www.ccr4.org/Aux-origines-du-Parti-Communiste