blog du Npa 29, Finistère
Une école maternelle de Stockholm propose un enseignement antisexiste. L’équipe prend toutes les précautions pour que garçons et filles soient traités de façon identique. Une méthode qui a ses limites, estiment des observateurs dans BBC News.
05.09.2011 | Cordelia Hebblethwaite | BBC News Online
Vue de l’extérieur, l’école maternelle Egalia, à Stockholm, ressemble à toutes les autres. Mais, en regardant de plus près, vous pouvez noter une différence de taille. Les livres y ont été sélectionnés avec soin afin d’éviter les représentations traditionnelles de l’homme et de la femme. Fini les contes tels que La Belle au bois dormant, place à l’histoire de deux girafes qui trouvent un bébé crocodile et décident de l’adopter.
Si l’on retrouve ici la plupart des jouets habituellement présents dans n’importe quelle école, ils sont toutefois délibérément disposés côte à côte pour encourager les enfants à prendre les jouets qui les attirent. Les petits garçons sont libres de se déguiser et de jouer avec des poupées. Selon la directrice, Lotta Rajalin, il s’agit d’offrir aux enfants une plus large palette de choix. “Nous voulons leur montrer tout ce que la vie peut avoir à offrir, pas uniquement la moitié”, explique-t-elle. Cette idée tient visiblement à cœur de tout le personnel éducatif. “Je veux faire évoluer la société”, explique Emelie Andersson, 27 ans, qui vient de finir sa formation d’éducatrice.
La jeune femme a choisi de travailler à Egalia précisément pour sa politique en faveur de l’égalité des sexes. “Dans notre société, dès leur naissance, les enfants font l’objet d’attentes
différentes selon qu’ils sont fille ou garçon. Cela les limite. Pour moi, il n’existe pas de ‘monde pour les filles’, ni de ‘monde pour les garçons’.” N’est-il pas déroutant néanmoins
pour un enfant de brouiller ainsi la frontière entre les sexes ? Cette critique, Lotta Rajalin, la directrice d’Egalia, l’a déjà entendue de nombreuses fois et elle la conteste fermement.
“Toutes les filles savent qu’elles sont des filles et les garçons savent qu’ils sont des garçons. Nous ne touchons pas à l’identité sexuelle biologique des enfants mais à la question
sociale.”
Les avis des pédopsychiatres et des spécialistes de l’identité sexuelle sont mitigés ; la plupart d’entre eux soutiennent le principe, mais pas les moyens employés. “Leurs intentions sont
excellentes, mais je ne suis pas sûre qu’ils procèdent de la meilleure façon”, confie Linda Blair, psychologue de l’enfance au Royaume-Uni. “C’est un peu artificiel. Entre 3 et 7 ans
environ, l’enfant est en quête d’identité, et cela passe indéniablement par l’identité sexuelle”, poursuit-elle.
Pourtant, le pays prend ces questions très au sérieux. A présent, les écoles suédoises accueillent de plus en plus de spécialistes de la problématique hommes-femmes, et la lutte contre les
discriminations de tout type est inscrite au programme scolaire. La Suède est souvent citée en exemple quand il s’agit de parité, mais certains Suédois estiment que leur pays est allé trop
loin.
“Les spécialistes des relations hommes-femmes ont convaincu les hommes politiques que la solution à tous leurs problèmes résidait dans la question de la parité. C’est assez dangereux, car ils gaspillent de l’argent et des moyens”, déplore la blogueuse suédoise Tanja Bergkvist. L’école d’Egalia est tout de même populaire et la liste d’attente est longue. Pia Korpi, artiste métallurgiste, et son mari, Yukka, danseur et chorégraphe, ont deux enfants dans cette maternelle. La plupart de leurs amis et leur famille les soutiennent, mais Pia Korpi admet que certaines personnes ne comprennent pas leur choix. “Des gens qui ne savent pas de quoi il s’agit, qui pensent que c’est du lavage de cerveau…”
L’objectif des éducateurs est de former les enfants à la parité dès le plus jeune âge ; toutefois, de nombreux doutes ont été émis quant à l’effet durable de cet enseignement. “Le monde réel les attend à la sortie de l’école. On ne peut pas détacher les gens de la réalité”, affirme la psychologue Linda Blair. La méthode suédoise fait également sourire Philip Hwang, professeur de psychologie à l’université de Göteborg [dans l’ouest de la Suède] et auteur de plusieurs études approfondies sur le développement de l’enfant. “Je ne pense pas que ça puisse être mauvais, mais c’est pour le moins naïf. En un sens, c’est typiquement suédois. Les Suédois ont tendance à penser que, s’ils institutionnalisent quelque chose, le changement se fera de façon automatique. Mais, lorsqu’il s’agit de questions profondément ancrées dans notre culture, il faut des générations pour que les effets perdurent.”
http://www.courrierinternational.com/article/2011/09/05/l-ecole-ou-les-garcons-jouent-a-la-poupee
Commentaire:
Cela rappelle les diverses expériences pour tenter de sortir de l'idéologie dominante: communautés, phalanstères, appartements coopératifs, diverses écoles parallèles. Nous nous garderons bien d'avoir une "position politique".