blog du Npa 29, Finistère
Le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale a proposé, le 15 janvier, de faire signer à tous les jeunes Français, à leur majorité, une "charte des droits et des devoirs". L'idée, aussi aberrante qu'elle soit, ne fait que refléter les dérives xénophobes d'une partie de la droite européenne, en pleine crise économique.
21.01.2010|François Gross|Le Temps (Repris par Courrier
International)
© AFP
Eric Besson assiste à un débat sur l'identité nationale, 15 janvier 2010
Un peu d'imagination, voyons ! Le stade Charléty est politiquement trop connoté, depuis qu'en 1968 la gauche y a rêvé à des lendemains qui chantent.
Pourquoi pas la place de la Concorde ou l'esplanade des Invalides? Les Françaises et les Français âgés de 18 ans, dûment authentifiés comme tels, y seraient alignés au cordeau face à une tribune où le président de la République, flanqué de son ministre de l'Immigration, leur remettrait en les priant de la signer une "charte des droits et devoirs du citoyen".
Pour éviter les couacs, un texte de La Marseillaise aurait été au préalable distribué à chaque participant. Vrai, une sorte de première communion civique.
Peut-être la nouvelle a-t-elle échappé à l'attention du lecteur bouleversé par les images venues d'Haïti? Eric Besson, chef d'orchestre du débat sur l'identité
française, envisage de saisir Nicolas Sarkozy d'une idée de son cru: souder la communauté nationale en couchant sur le papier des principes "moraux et politiques" censément partagés par tous
les enfants de la patrie. La proposition est de la même farine que si le Père Ubu l'avait rédigée lui-même.
Demander aux jeunes Français de parapher ces tables de la loi avant d'être admis à approcher l'autel du local de vote est une aberration. On ne s'étonne pas de
l'entendre dans la bouche d'un personnage déjà dépeint dans Napoléon-le petit par Victor Hugo quand il y parle de "tous ces hommes qui passent si facilement d'un bord à l'autre quand
il n'y a à enjamber que de la honte".
Il reste que cette énormité a été avancée par un membre actuellement très en vue du gouvernement et qu'elle n'a pas suscité l'ombre d'une indignation dans les
rangs de la majorité. C'est qu'elle correspond à une résurgence dans la droite européenne - mais pas dans la droite seulement - de thèmes qui firent les turbulentes années du nationalisme
préfasciste.
Peur du terrorisme, de la grippe, du réchauffement climatique, du chômage, d'une rechute dans les folies boursières. Peur, surtout, de l'autre, cet étranger
attiré par le Vieux Continent quand l'agriculture manquait de bras et que la machine industrielle tournait à plein. Qu'il s'en aille maintenant!
Des individus, des associations que l'on croyait immunisés contre la xénophobie tiennent soudain d'étranges propos. La crise laisse décidément derrière elle de vilaines traces. Ni l'approche d'élections régionales en France, ni une situation économique labile ne justifient la traque de boucs émissaires sans défense quand sont, dans le même temps, épargnés par la justice ceux qui ont bouté le feu à la planète.