blog du Npa 29, Finistère
24 novembre 2010 - Le Télégramme
Comme au printemps dernier, les urgences de l'hôpital Bodélio débordent depuis trois semaines. Sans autre explication que celle d'une hausse des prises en charge des personnes âgées.
Salle d'attente des urgences de Bodélio, hier, vers 16h. Une dizaine de personnes patientent. En moyenne, toutes sont là depuis plus d'une heure trente. Certains restent silencieux. D'autres ne peuvent réfréner un soupir d'agacement. À l'image de cette dame d'une quarantaine d'années. «J'attends depuis 2h15, c'est incroyable. Pour un accident du travail».
À l'accueil, l'infirmière ne s'en étonne pas. «Actuellement, j'ai 33 personnes en attente de lit. Mais c'est hier qu'il fallait venir, c'était...». Elle n'en dira
pas plus. Marc Klanec, secrétaire départemental Sud santé 56 (deuxième syndicat de l'hôpital), ne s'en prive pas. «La situation est insupportable: lundi soir, il y avait 26 personnes en attente,
mardi matin 46!» Hier, par le biais d'un courrier envoyé à la direction, le syndicat a une nouvelle fois tiré la sonnette d'alarme. Dénonçant une suroccupation des capacités d'aval, un manque
d'effectif médical, des moyens pas à la hauteur. Évoquant un personnel «à bout, épuisé par une surcharge de travail liée à des manutentions démultipliées de patients et un planning sans cesse
modifié pour palier à l'absentéisme».
Même cause mêmes effets
Marc Klanec ne parle cependant pas de crise mais d'une situation récurrente qui témoigne «d'un problème structurel de fond, celui de la capacité d'accueil en
hospitalisation. Il faut ouvrir sans plus attendre l'unité tampon. N'attendons pas, comme à l'hôpital Tenon (75), qu'un personnel épuisé exerce son droit de retrait. Après trois semaines, nous
demandons que les équipes aides-soignantes et infirmières soient immédiatement renforcées».
Ces revendications ne sont pas sans rappeler celles déjà entendues en mai dernier, lors du dernier pic de saturation qui avait conduit la direction à activer une
cellule de crise. Le centre 15, la médecine de ville et l'hôpital de Quimperlé avaient été alertés afin de réduire la pression. Comme au printemps dernier, l'explication avancée par la direction
est la même: davantage de prises en charge de personnes âgées de plus de 75 ans souffrant de polypathologies. En volume, l'activité des urgences lorientaises reste en effet à peu près la même que
l'an passé. Mais le taux d'hospitalisation est actuellement de 34%, contre 25% durant l'année. Répondant à Sud santé, l'agence régionale de santé Bretagne avait rappelé que les urgences n'étaient
configurées que «pour une activité deux fois inférieure à celle qu'elle est devenue. Le déménagement sur le site du Scorff dans les nouveaux locaux en 2012 permettra d'apporter une réponse
architecturale adaptée».
Une unité tampon? «Elle est déjà ouverte»
Le directeur de Bodélio, Thierry Gamond-Rius, ne nie pas la saturation, ni la gêne occasionnée pour les patients et les soignants. «Nous avons déjà connu ce type de
difficultés à plusieurs reprises, rassure-t-il. Mais aussi longuement et à cette période, c'est inhabituel. Il faut espérer un prochain retour à la normale, sinon il faudra trouver des solutions
en interne». Le directeur confirme également un absentéisme accru dans les rangs des soignants mais ne comprend pas la demande d'ouverture d'une unité tampon. «Elle est déjà ouverte avec la
création de 19 lits de médecine supplémentaire l'an dernier, qui sont remplis en permanence. Même si on ouvrait une unité de 25 lits, ce qui est inenvisageable, où trouvera-t-on les infirmières?
Il n'y en a pas. Il existe des pôles de remplacement mais ils ne se trouvent pas comme ça».