blog du Npa 29, Finistère
17 novembre 2010 à 08h05 - Le Télégramme
Les manifestations de professeurs stagiaires, «débordés par la tâche», se multiplient. Aujourd'hui, ils sont appelés à se réunir devant le ministère. Un rassemblement est annoncé à Rennes, le 24 novembre.
«C'est un peu inhumain. Il est inacceptable de demander 18 heures à un professeur stagiaire. C'est excessivement lourd». Le propos n'est pas d'un syndicaliste
ronchon mais du proviseur du lycée de L'Harteloire, à Brest, Jean-Jacques Hillion.
Un discours qui n'a rien d'isolé chez les chefs d'établissement. Michel Le Mastrallan, proviseur à Charles-de-Gaulle, à Vannes, est lui aussi très critique sur la
manière dont ont été lancés dans le grand bain, presque sans aucune formation, les jeunes professeurs: «La charge est vraiment très lourde. Pour eux c'est un choc». Et cela malgré la très bonne
volonté dont la plupart, comme le reconnaissent les deux proviseurs, font preuve.
À temps plein depuis la Toussaint
Jusqu'à la Toussaint, les 289 stagiaires bretons ne faisaient que neuf heures mais depuis la reprise des cours, ils sont désormais à temps plein avec une journée de
formation une semaine sur deux, le jeudi. «Notre charge de travail, qui n'était déjà pas légère, a carrément doublé», souligne Nolwen, jeune professeur stagiaire dans les
Côtes-d'Armor.
Des stagiaires qui, pour ajouter à leurs difficultés, ont en plus récupéré en plein trimestre des élèves qui pendant les deux premiers mois de l'année avaient été
confiés à un professeur remplaçant. «C'est compliqué à gérer, il faut que l'on s'accorde avec les remplaçants pour voir ce qui a été fait ou pas fait». Alors que les conseils de classe commencent
dès la semaine prochaine, comment ces professeurs vont-ils pouvoir porter une appréciation sur des élèves qu'ils ne connaissent que depuis deux semaines?
Des cours pendant la journée de formation
Stagiaire dans un lycée de Guingamp (22), Yann se retrouve avec deux heures de cours le jeudi alors que, normalement, ce jour-là, il doit être en formation. «Toutes
les deux semaines, j'ai deux heures qui sautent avec la même classe», explique, un brin dépité, ce jeune stagiaire qui ne comprend pas que le professeur remplaçant qui travaillait avec lui
jusqu'à la Toussaint soit aujourd'hui chez lui, «payé à ne rien faire».
«On nous a refusé les remplaçants après la Toussaint pour des raisons financières et l'on s'aperçoit que beaucoup sont sans affectation tout en étant payé. C'est
quand même choquant». Autre motif de grogne: contrairement à ce qu'avait promis le ministre, des stagiaires ont bien en charge des classes à examen. «Ce n'est pas possible, avec 18 heures de
cours, d'éviter les classes à examen», plaide le proviseur vannetais.
En plein flou
Contrairement, encore, à ce que prétend l'administration, tous les stagiaires n'ont pas de tuteur. Ou alors il s'agit de «tuteurs officieux» ou désignés
volontaires, les enseignants titulaires ayant refusé, pour la plupart, de cautionner ce système. Quand ce n'est pas l'inspecteur pédagogique qui fait, comme dans un établissement brestois, office
de tuteur. «On est en plein flou, on ne sait pas comment on va être évalué», observe Yann.
Les incongruités ne manquent pas. L'impression pour les stagiaires est que tout a été fait en dépit du bon sens. «Ce n'est que maintenant que notre formation aborde
la question de la gestion d'une classe, deux mois après la rentrée, regrette Nolwen. Mais il est déjà trop tard pour construire son autorité sur une classe». Vraiment une drôle d'année pour ces
stagiaires.
Rendez-vous Manifestation aujourd'hui à Paris devant le ministère à l'appel du collectif «Impossible stagiaire».