blog du Npa 29, Finistère
12 novembre 2010 - Le Télégramme
La surprise a été totale. Dès 8h 30, des syndicalistes de Sud-Solidaires, FO et NPA (qui n'est pas un syndicat, note du blog) ont bloqué les trois accès de l'hypermarché Carrefour ouvert hier, à Quimper. Le blocage n'a été levé que vers 12h.
Chariots mis en travers de la chaussée. Feux de palettes et de pneus. Impossible hier matin, dès 8h30, de franchir les barricades
dressées aux trois accès de l'hypermarché Carrefour par des militants de FO, Sud-Solidaires, NPA, AC, et quelques sympathisants. Objets de leur courroux, la réforme des retraites et l'ouverture
des magasins le dimanche et les jours fériés. Alors qu'il pleuvait des cordes, 70 personnes environ sont rapidement parvenues à paralyser le site quimpérois. «On veut continuer à se battre contre
la loi sur les retraites. Nous sommes aussi là pour protester contre l'ouverture des magasins le dimanche et les jours fériés. Nous sommes en pleine régression sociale», proteste Patrick Vélin,
secrétaire de l'union locale FO.
Des salariés volontaires et parfois solidaires
Les salariés, pour rejoindre leur poste de travail, n'avaient d'autres choix que de se garer dans les environs. Quant aux chalands, la plupart ont fait demi-tour.
Quelques automobilistes ont manifesté leur soutien aux bloqueurs. D'autres, très rares, ont décidé de rejoindre la grande surface à pied pour y faire leurs courses. À l'intérieur du magasin, des
salariés désoeuvrés. Volontaires pour travailler hier, ils ont le choix entre être payés à 150% ou récupérer leur journée. «Je suis solidaire avec ceux qui bloquent les accès, affirme une
employée à l'entrée de la grande surface. Aujourd'hui, il n'y a que des volontaires, mais à la Toussaint, on a obligé certaines personnes à venir travailler». Selon la direction, cette obligation
n'aurait concerné que trois salariées.
«Magasin ouvert, comme d'habitude»
Visiblement surpris par ce blocage auquel il ne s'attendait pas, le directeur de l'hypermarché, Guy Le Goec, a pour seul commentaire, trouvé cela «très embêtant
pourles salariés venus travailler et les clients». À l'accueil, le téléphone sonne. L'hôtesse, sans se démonter, répond sans hésiter: «Oui, le magasin est ouvert. Comme d'habitude». C'est vite
dit. Ouvert certes, mais bloqué par des militants remontés et déterminés dans leurs revendications. «Nous avons décidé de mener une action par semaine à Quimper pour protester contre la loi sur
les retraites», annonce Pierrick le Brignonen, secrétaire départemental adjoint de Sud-PTT. «Ce que le gouvernement a fait, la rue peut le défaire», soutient-il en rappelant l'exemple du CPE
(Contrat première embauche). Dans la galerie commerciale, l'action syndicale a soulevé de vives protestations.
Des commerçants remontés
«Je me suis levé à 4h pour rien, gronde Stéphane Le Carreres, franchisé, de la cafétéria Casino. C'est une journée de chiffre d'affaires perdu, alors que l'on a des
charges à payer». «On n'a rien à voir avec la loi sur les retraites,», renchérit Alan Le Valligant, boucher. D'autres commerçants, plus stoïques, ont néanmoins ouvert leur boutique en attendant
le client. Vers 12h, les manifestants se sont décidés à quitter les lieux. Il ne restait plus qu'à débloquer les accès pour permettre à la clientèle d'accéder au parking.
Manifestants mécontents
Colère. Tout le monde est en colère au centre commercial Carrefour, hier matin. D'abord, les soixante-dix manifestants qui bloquent tous les accès avec des feux de palettes et des caddies entre 9 h et 12 h. Membres du nouveau parti anticapitaliste (NPA), Force Ouvrière (FO), Solidaires, confédération nationale du travail (CNT) ou simple militants « non affiliés », ils fulminent contre « la loi sur les retraites », « la haute finance », « le gouvernement », « le climat social dégradé », « le travail le dimanche », « le volontariat déguisé imposé par la grande distribution les jours fériés »...
Commerçants horripilés
Le problème, c'est que leur courroux rend furieux à leur tour les commerçants indépendants du centre commercial. « Comment on fait, nous ?, tempête Stéphane Le Carreres, gérant de la cafétéria Casino. Nous allons perdre toute la marchandise préparée ce matin. J'ai huit salariés. Payé double et contents de venir. Les empêcher de travailler, c'est grave ! » « Ces gens-là, ils croient toujours avoir raison ! On ne peut pas discuter avec eux », enchaîne, tout autant affligé, Alan Le Valligant, boucher traiteur. Hors d'eux, ces deux commerçants préfèrent fermer boutique pour la journée.
Caissières dépitées
Plus loin, le directeur du Carrefour, Guy Le Goec, bouillonne lui aussi. Il rappelle que « la vingtaine d'hôtesses de caisses qui travaillent aujourd'hui sont volontaires. » Vrai ? « Vrai, confirme l'une d'entre elle. On a le choix. Alors je ne comprends pas très bien pourquoi ils font ça. Il y en a qui se sont levées tôt ici ce matin, vous savez. Pour rien. C'est malheureux. » Une de ses collègues nuance : « C'est vrai, on est volontaire, payé double et on a même la possibilité de rattraper la journée. Mais ce n'est pas toujours le cas. Alors, moi, je suis plutôt contente. Bloquer, c'est le seul moyen de faire ch... »
Employé solidaire
Même discours de l'employé d'un autre commerce, chiffonné de devoir travailler ce 11 novembre : « Je bosse parce que le patron nous a dit « vous bossez aujourd'hui », point barre. Je n'ai rien choisi. Alors je suis d'accord avec les manifestants. C'est toujours les mêmes qui profitent et les petits qui trinquent. »
Clients partagés
Colère, colère... Du côté des clients aussi, ça barde. Beaucoup font demi-tour en constatant les blocages aux ronds-points. Mais d'autres décident de franchir les barrages à pied. Là encore, il y a ceux qui partagent l'exaspération des manifestants à l'égard des injustices sociales qui secouent le pays. Et ceux qui se rangent plutôt du côté des commerçants excédés. « Si ça m'énerve ? Oui, ça m'énerve !, s'empourpre une dame. Qu'on agisse d'accord, mais qu'on bloque un pays, c'est inadmissible. Il y en a qui ont envie de travailler. La France va mal, Monsieur ! »
Il y a de l'irritation dans l'air. Du vent et de la pluie dans tous les esprits. Même le ciel, dehors, s'y met. Tout le monde est en colère... Même si tous les poils ne sont pas hérissés dans le même sens.
Yann-Armel HUE