blog du Npa 29, Finistère
9 octobre 2012 à 13h07
L'inquiétude grandit chez les salariés du groupe Doux. Cessions et licenciements ont été évoqués, ce matin, au tribunal de commerce de Quimper : un point d'étape était fait dans le cadre de la période d'observation judiciaire. Doux a d'ailleurs demandé une prolongation de cette période. Dehors, une vingtaine de militants CFDT et FO, ainsi qu'un délégué CGT avaient fait le déplacement, au lendemain d'un comité central d'entreprise qui n'a pas permis de lever le voile sur toutes les interrogations des salariés.
11 H 45. Plan de restructuration : des cessions en vue
Les participants à l'audience sortent du tribunal de commerce de Quimper : des représentants de la banque Barclays et des salariés, Charles
Doux et son avocat, le mandataire et les administrateurs judiciaires.
L'avocat de Charles Doux aurait assuré que le groupe dispose de suffisamment de trésorerie pour aller jusqu'à la fin de la période d'observation. Surtout, le groupe a demandé que la période d'observation soit modifiée et portée à un an, ce qui la prolongerait jusqu'au mois de mai en cas d'accord du tribunal. La question sera examinée et tranchée ultérieurement.
"On entre maintenant dans l'étape de restructuration industrielle, de plans d'investissements, de redéploiements", a ainsi expliqué maître Lantourne. "Les
chiffres donnés aujourd'hui par les experts-comptables sont des chiffres qui démontrent la rentabilité du groupe et sa capacité d'une part à financer ses investissements et deuxièmement à payer
son passif", a-t-il souligné, précisant que la dette globale du groupe avoisinait les 340 millions d'euros.
Doux compte notamment développer une nouvelle gamme de produits au sein de son pôle produits élaborés, réaliser
des investissements industriels et développer son pôle export, a indiqué maître Lantourne.
Mais ce qui a surtout retenu l'attention des salariés et de leurs représentants, ce matin, ce sont les cessions qui ont été évoquées : elles concerneraient l'usine de co-produits de Châteaulin, Doux Aliments à Pluguffan, une entreprise frigorifique de Brest, un laboratoire d'analyses à Vannes, et l'unité Pierre Doux, zone de Kergonan à Quimper. Enfin, la fermeture de l'atelier de charcuterie de l'usine Père Dodu est effective : 30 personnes sont susceptibles d'être transférées à l'abattoir de Châteaulin dès le début du mois de décembre.
Ce plan de restructuration devrait être présenté d'ici la fin octobre en CCE. Des licenciements sont envisagés au siège du groupe, à Châteaulin. Une trentaine de personnes ont déjà démissionné.
FO et la CGT craignent une centaine de suppressions d'emplois
"On peut penser qu'il y aura au moins une centaine de licenciements à terme", sur les 1.700 que compte le groupe (CDI seuls), a estimé Yannick
Guéhenneux, élu FO au comité central d'entreprise (CCE).
"On sait que fin octobre il y aura encore des licenciements qui vont être annoncés", a de son côté assuré Nadine Hourmant, délégué centrale FO. "La partie
administrative sera touchée, mais également ce qui ne tourne pas correctement, et le pôle avec lequel on perd de l'argent encore actuellement c'est le pôle élaboré".
Raymond Gouiffès, délégué central CGT, a regretté "le manque de transparence flagrant" au niveau du plan de continuation du groupe. "On a été informés hier soir en
CCE du fait qu'il y a une restructuration en route", a-t-il regretté, disant craindre "plus de 100 suppressions d'emplois".
10H45. L'usine de co-produits mise en vente ?
Selon des syndicalistes, l'usine de co-produits de Châteaulin - une unité implantée près de l'abattoir et employant 15 personnes
- pourrait être mise en vente, pour 15 millions d'euros, sur lesquels dix millions seraient reversés à la banque du groupe Doux.
10H00. Une vingtaine de salariés de Père Dodu se joignent aux militants
L'inquiétude. C'est ce qu'expriment ce matin une vingtaine de salariés du Père Dodu, usine où seul l'atelier saucisses fonctionne à peu
près normalement. L'atelier frais a déjà fermé et des problèmes d'approvisionnement se posent. Les salariés craignent à la fois la fermeture du site et les
mutations.
9H00. Une vingtaine de militants et Charles Doux
Une vingtaine de militants CFDT, FO et un délégué CGT ont fait le déplacement ce matin à
Quimper où se tient, depuis 9h, une audience du tribunal de commerce. Charles Doux est également présent à ce point d'étape
au lendemain d'un CCE, réuni hier lundi, à Châteaulin.
Les questions encore d'actualité
Que reste-t-il du groupe Doux ? En août, la société mère s'est séparée de la branche volaille
fraîche pour ne plus conserver que les activités de poulets surgelés destinés à l'exportation vers le Moyen-Orient et de produits élaborés (saucisses de volaille,etc.). Dans l'opération de
liquidation et de cession des sites du pôle frais, un millier de personnes ont perdu leur emploi. 700 l'ont conservé. Aujourd'hui, le groupe Doux réduit à ses pôles «export» et «élaboré» compte
encore 2.100 salariés. Cet effectif est réparti sur douze sites industriels et le siège social de Châteaulin. 300 éleveurs intégrés continuent à fournir de la volaille aux abattoirs du
groupe.
Le groupe volailler est-il sauvé d'affaire ? Il est bien trop tôt pour le dire. Charles Doux et son principal créancier, la banque Barclays, ont
demandé du temps pour mettre sur pied un plan de continuation qui devrait à la fois permettre de relancer l'activité, de faire des profits et de rembourser les créanciers. Ils se sont engagés à
boucler leur plan de relance fin novembre. Mais les administrateurs judiciaires envisagent déjà de devoir repousser cette échéance. Actuellement, la gestion du groupe se fait sous contrôle de la
Justice. Et c'est justement, dans ce cadre que le tribunal de commerce de Quimper a invité Doux à faire un point d'étape aujourd'hui. En attendant, le groupe a annoncé, hier, un «plan
d'investissement totalement autofinancé de 30 millions d'euros sur trois ans».
Vendre une usine pour renflouer la trésorerie. Hier, le comité central d'entreprise a pris connaissance des comptes du groupe. La trésorerie est
insuffisante malgré un prêt de Barclays. La société saoudienne Almunajem, principale cliente du poulet surgelé export et future co-actionnaire de Doux, n'a pas versé l'intégralité de l'avance
promise. La vente de l'unité de transformation des déchets de volaille en farine animale (Châteaulin) est donc envisagée en urgence pour 15 M€. Mais les observateurs sont sceptiques sur cette
évaluation.
La dette brésilienne, les éleveurs et les transporteurs... Dans quelques jours, tous les créanciers du groupe Doux auront déclaré le montant de
leurs créances. La dette brésilienne (liée à la filiale Frangosul) est pour l'instant évaluée à près de 70 M€, dont 35 M€ exigibles. D'ores et déjà, les éleveurs ont été indemnisés à hauteur de
50 % de leurs créances. Les transporteurs, eux, le seront partiellement cette semaine sous forme d'avance (3,2 M€).
Beaucoup de questions en suspens. Combien de salariés vont être licenciés au siège social ? Que va devenir l'usine Père Dodu de Quimper (230
salariés) qui tourne actuellement au ralenti, faute d'un approvisionnement jusqu'à présent assuré par le pôle frais ? Pourquoi la holding Turenne-Lafayette (jambon Madrange) a-t-elle effectué une
visite de ce site quimpérois, il y a une dizaine de jours ? Pourquoi l'usine de Pleucadeuc (56) perd-elle encore de l'argent ? Autant de questions auxquels les salariés aimeraient avoir des
réponses aujourd'hui.