blog du Npa 29, Finistère
26 août 2010 - Le Télégramme
Enora Moalic a vécu un an au coeur d'une communauté rom, en République Tchèque. Un séjour que cette Douarneniste, âgée de 24 ans, n'est pas près d'oublier.
À l'évocation du débat qui fait rage en France actuellement autour des expulsions de Roms, Enora Moalic a les larmes aux yeux, la rage
au coeur. Le monde dans lequel on renvoie ces Tsiganes, elle le connaît. Elle en a vu la misère et, du haut de ses24ans, en a parfaitement saisi l'absurdité.
«La mode c'est l'extrême droite»
Dans le cadre d'un Service volontaire européen, Enora est partie à Karvinà, un ancien fief communiste à la frontière polonaise où, dans des barres d'immeubles,
vivent 66.000 personnes. Dont une forte proportion de Roms, rejetés par le reste de la communauté. «Étonnamment, même par les jeunes, note Enora. Là-bas, la mode c'est d'être d'extrême
droite.Pour faire quelque chose, il faut être d'ailleurs». Enora, qui s'apprête à entrer en école d'éducateurs, a donc quitté sa douce Bretagne l'an passé pour aller s'occuper des enfants Roms de
Silésie. Et la jeune femme d'égrener ses souvenirs avant de prévenir que «le sort réservé aux Roms de Slovaquie, de Bulgarie et de Roumanie est pire!».
La misère des enfants
À Karvinà, les petits Roms sont scolarisés, «maisdans des établissements pour retardés mentaux». Les mères sont souvent des adolescentes, prostituées pour bon
nombre et sans contraception. «On leur reproche de faire beaucoup d'enfants pour les prestations sociales mais, dans le même temps, on leur ferme la porte à l'emploi», souligne encore Enora,
évoquant ces ribambelles de gosses qui venaient à elle dans le froid des rues de Karvinà. «Leur repas se limitait souvent à un paquet de chips. Nous, on leur apportait des jeux, des coloriages.
Une fois, j'ai réussi à les emmener au zoo, en train. Inoubliable». «Ce que nous faisions peut paraître peu, reconnaît Enora. Mais ce que nous devions faire, c'était juste venir voir, chaque
jour, s'ils étaient encore vivants. Nous les écoutions, jouions avec eux, prenions soin d'eux. Ils n'avaient rien de tout cela».
Le cliché des roulottes
Cette misère ne l'a pas découragée. Pourtant, elle ne s'y attendait pas. Elle avait choisi cette mission, inspirée par les films de Tony Gatlif. «La musique
Tsigane, l'ambiance des roulottes et des femmes aux longues jupes virevoltantes... des clichés, c'est tout, reconnaît à présent Enora. Même la musique qu'ils écoutent aujourd'hui est nulle». Ce
qui ne l'est pas, c'est ce qu'Enora a rapporté de Karvinà. Comme, par exemple, le souvenir poignant de la solidarité dont font preuve entre eux les enfants menacés. «J'ai l'image de ce petit de
deux ans qui s'occupait de son frère d'un an, qui partageait sa sucette. J'avais jamais vu ça».
Et puis - non négligeable - il y a cette nouvelle langue que la jeune étudiante déjà trilingue peut ajouter à son CV. Le Tchèque, appris en huit mois («Il fallait bien!»). Et enfin, chevillée au corps désormais, cette envie de changer le monde. Tout simplement.
Pratique Trente organisations appellent à manifester, le samedi 4 septembre, à 14h, contre les mesures prises actuellement par le gouvernement, «qui menacent le vivre ensemble».
Plus d'informations sur http://nonalapolitiquedupilori.org