blog du Npa 29, Finistère
L'intersyndicale de l'UBO réunissait hier le personnel de l'université afin de faire lepoint sur la précarité dans l'enseignement supérieur. L'occasion delever le voile sur cette facette du monde universitaire.
Les chiffres sont alarmants: l'université française compterait entre 45 et 50.000 précaires, soit environ 20% de ses personnels, selon
une enquête menée par 19 organisations syndicales de l'enseignement supérieur et de la recherche. Le ministère préfère parler de 23.500 «non-titulaires». Les conclusions générales de cette
enquête étaient présentées, hier après-midi, par Annick Kieffer, sociologue au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), à Paris, devant les personnels de l'UBO. Cette étude, réalisée
auprès de 4.700 personnes, dresse un tableau saisissant des pratiques en cours dans l'enseignement supérieur.
«Des invisibles parmi les invisibles»
Le précaire à l'université aurait plutôt vers les 30 ans. 36% d'entre eux toucheraient moins de 1.250€ par mois. Ils ne travailleraient que dix mois par an. Ils n'ont pas de congés payés et n'ont
pas de bureau. 20% cumulent plusieurs emplois. «Des invisibles parmi les invisibles, selon les mots de Annick Kieffer. Pour un précaire dans la recherche, il s'agit souvent d'un emploi d'attente
ou d'insertion. Mais dans le cas des universitaires, ils n'ont aucun espoir d'être un jour embauché.
C'est une vision très noire de l'avenir. Ces vacataires ne croient plus du tout à leur titularisation. Ils ont tous en commun une rémunération basse, irrégulière,
déconnectée de leurs diplômes et de leur expérience. Et pourtant, ils ne sont que 7% à ne pas envisager de continuer à travailler dans l'enseignement supérieur et la recherche. Ils ont une vraie
passion pour leur travail».
Beaucoup de choses à faire
Face aux 80 personnes présentent dans l'amphithéâtre A de la faculté des sciences et techniques, un débat s'est engagé sur la situation des «non-titulaires» à l'UBO. Pour beaucoup, pas de réelle
difficulté financière mais plutôt une impossibilité à se projeter dans l'avenir et à imaginer leurs situations à moyen terme. À l'image de cet ingénieur de recherche, vacataire au CNRS,
s'interrogeant sur sa situation en cas d'accident du travail, ou encore d'un ingénieur d'étude en doctorat à l'UBO jonglant entre ses allocations chômage et son statut d'étudiant.
Parfois, la précarité se fait plus criante, notamment quand une secrétaire enchaînant les contrats depuis 2002 s'interroge sur sa reconduction à la rentrée... Les conclusions de ce débat sont nettes pour les syndicats de l'UBO. Beaucoup de choses restent à faire: recenser les non-titulaires, former les enseignants-chercheurs au droit du travail, recevoir les précaires et les accompagner dans leurs démarches avec l'université. Autant de chantiers qui n'attendent plus que d'être entamés.