blog du Npa 29, Finistère
Nantes Correspondant Le Monde
"Notre boulot nous a toujours tirés vers le haut. Si on le perd, on
devient quoi ?"
Victime d'un accident vasculaire cérébral en 1995, Guy Douaud, ancien ouvrier pâtissier, a repris pied deux ans plus tard lorsqu'il a intégré Earta (entreprise adaptée de réinsertion des traumatisés crâniens), dans la banlieue de Nantes. Fondé par le professeur de médecine Jean-François Mathé, ce projet social menace de voler en éclats.
Trente licenciements, touchant 23 salariés handicapés, sont annoncés sur un effectif de 96 personnes. La société, spécialisée dans le conditionnement et l'entretien d'espaces verts, affiche près de 200 000 euros de pertes. Le personnel oscille entre colère et incrédulité. "Jusqu'à 2007, la situation était saine, rappelle Sylvie Martin, commerciale, déléguée syndicale FO. La preuve : à l'époque, on a eu une prime d'intéressement égale à un mois de salaire." Les salariés dénoncent des "erreurs de gestion" et "de nombreuses dépenses non justifiées". "Les charges externes ont augmenté de plus de 30 %", pointe Jean-Charles Santos, 49 ans, secrétaire du comité d'entreprise, arrivé en 1999 après une grave épilepsie. "Si on voulait couler l'entreprise, on ne s'y prendrait pas autrement", renchérit un cadre, sous couvert d'anonymat.
"Régression insupportable"
Les salariés redoutent le scénario d'un dépôt de bilan avec reprise de l'activité sous le statut d'établissement et service d'aide par le travail (ESAT). "Dans la structure actuelle, les salaires des personnes handicapées sont financés à 55 % par l'Etat, relève Mme Martin. Dans les ESAT, tous les postes, même administratifs, sont pris en charge à 100 %. Cette option signifierait une régression insupportable pour les personnes handicapées. Car en ESAT, le travailleur handicapé n'est pas reconnu comme salarié."
Daniel Delmas, l'un des deux cogérants d'Earta, refuse "de polémiquer". La crise, dit-il, est seule coupable. "Nos commandes d'activité sont en chute libre. Nos propres donneurs d'ordre subissent de plein fouet la récession économique. En tant que sous-traitant, on se retrouve durement impacté."
"On nous prend pour des moins que rien, fulmine Béatrice Denis, 41 ans, accidentée de la route à 11 mois. On ose nous dire que l'on n'est pas rentable. On veut aussi nous faire croire qu'il s'agit d'un plan de survie, mais comment fonctionner avec un tiers de l'effectif en moins et la suppression du pôle commercial ?"
Depuis l'annonce du plan social, le personnel "valide" et les 76 salariés handicapés gèrent au mieux "les crises d'angoisse et de larmes". "Déjà, pour les personnes en bonne santé, ce sera dur de retrouver du boulot, souligne MmeMais pour les handicapés, c'est terrible. Certains risquent de se retrouver à la rue." "Si demain je me retrouve sur le carreau, pour moi, c'est fini, assène Guy Douaud, 52 ans. Vous m'imaginez de nouveau sur le marché du travail avec un seul bras ?" Martin.
Le cri d'alarme des salariés a été répercuté auprès de la direction du travail, la préfecture et les collectivités locales.