blog du Npa 29, Finistère
5 juillet par Ana Benačić, Eric Toussaint
Dans cet entretien, publié en croate par le portail net.hr et repris par plusieurs sites en Croatie, Éric Toussaint décrit plusieurs sorties de la crise de la dette qui s’avérerait très utiles pour différents pays d’Europe et au-delà. Il commente la situation de la Grèce après les élections du 6 mai 2012 et met en question l’opportunité pour des pays comme la Croatie, la Bosnie et la Serbie d’intégrer l’UE et la zone euro. Il répond également à des questions plus générales.
Ana Benačić : M. Éric Toussaint, vous êtes politologue et historien. Vous êtes docteur en sciences politiques de l’université de Liège (Belgique) et de l’université Paris VIII (France), maître de conférence à l’université de Liège, président du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM), un réseau international basé à Liège), membre du conseil international du Forum social mondial depuis sa fondation en 2001, membre de la CAIC (Commission pour l’audit intégral de la dette publique) en Équateur, membre du comité scientifique d’Attac France [1] et du réseau scientifique d’Attac Belgique.
Vous avez fait partie du comité d’audit présidentiel en Équateur, qui a motivé le refus de payer 3,2 milliards de dollars de dette. Pouvez-vous nous dire comment ce comité a été fondé et comment il a fonctionné ?
Eric Toussaint : Le gouvernement équatorien a pris la décision indépendante et souveraine de suspendre le remboursement de trente pour cent de sa dette envers l’étranger, qui s’était accumulée depuis plus de trente ans et jusqu’à 2006, à la suite des résultats d’un audit public de la dette. J’étais l’un des 18 membres du Comité d’audit créé par le nouveau gouvernement équatorien en juillet 2007. Douze de ses membres étaient équatoriens et six étaient issus d’autres pays, tous experts de la dette publique.
Quatre organismes étatiques étaient également impliqués : la Commission anticorruption, la Cour des comptes, le ministère des Finances et le ministère de la
Justice. Pendant quatorze mois, nous avons analysé tous les contrats relatifs à la dette publique du pays .
Pendant quatorze mois, nous avons analysé tous les contrats relatifs à la dette publique du pays : les accords passés avec la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, les dettes bilatérales envers la France, l’Espagne, le Japon, les États-Unis, et les obligations équatoriennes échangées à Wall Street. Après quatre mois, nous avions déjà identifié d’énormes montants illégitimes de la dette.
Ana Benačić : Trente pour cent de la dette ?
Eric Toussaint : Non, non, plus. Mais le gouvernement a décidé de ne suspendre qu’une partie (trente pour cent du montant total) de la part que nous considérions comme illégitime. Ils avaient peur que la suspension de la totalité ne provoque l’unification des créanciers. La suspension n’a donc été décidée que sur les obligations de Wall Street.
Bien sûr, les créanciers n’étaient pas contents et ont fait peser une forte pression, mais Rafael Correa a tenu bon pendant six mois, puis a proposé un accord sur
trente-cinq pour cent : trois cent cinquante dollars pour mille dollars d’obligations.
Quatre-vingt dix pour cent des détenteurs d’obligations ont accepté. Le gouvernement a donc économisé sept milliards de dollars, qui ont été utilisés pour des
dépenses publiques telles que l’éducation, la santé publique, les infrastructures, la création d’emploi, etc.
Ana Benačić : Cela a conduit à une mise sous embargo de la part des marchés financiers, mais sans conséquences catastrophiques, puisque la
croissance économique s’élevait à 3,7 % en 2010 et les estimations font état de 5 % de croissance pour 2012 (les chiffres définitifs ne sont pas encore connus).
Eric Toussaint : Absolument rien ! Pas de représailles. Tout cela n’était que de la pure rhétorique des créanciers, il n’y a eu aucune mesure de rétorsion.