blog du Npa 29, Finistère
16 juin 2012
Trois jours après le départ de cinq familles pour le camping EDF de Bénodet, la mobilisation reste forte aux portes de l'école Guérin où étaient scolarisés quatre enfants déplacés. La colère et l'indignation sont à peine tempérées par une solidarité sans faille.
Leurs prénoms, partout. Dans le hall d'accueil de l'école maternelle Bugeaud où l'on dit penser à«Dulguun, Makhdi, Mata et Sayana». Sur le parvis en bitume de l'école primaire Guérin où des enfants s'échinent à tracer àla craie le prénom de leurs copains disparus en un instant.
Lundi soir, ils étaient sortis avec les autres àl'heure du goûter. Et puis, moins de 24 heures après, la gare sur décision préfectorale. Le car. L'exil. Les parents
qui étaient venus soutenir les partants forcés gardent encore, en cette fin d'après-midi presque plaisante sur la place Guérin, le souvenir «atroce» d'un
chauffeur en larmes qui ignorait sa mission et «d'une vingtaine de CRS» accourus pour «faire monter les enfants plus vite». La pilule n'est pas passée. Alors, ils continuent à militer pour le
retour des évaporés.
«Ça turbine»
Sur la place Guérin, l'audience ordinaire d'une fin d'école est bien multipliée par deux. À l'appel notamment de l'association des
parents d'élèves pour une nouvelle manifestation de soutien, d'autres personnes sont arrivées. Des militants associatifs. Des élus de la majorité municipale dont
l'adjoint à l'éducation Marc Sawicki qui assure qu'en coulisses, en mairie ou chez la députée sortante, «ça turbine». Mais pour le moment, rien. Le responsable de
l'écoeurement est vite ciblé et les coupables pointés du doigt par tout le monde.
Marc Sawicki appuie. «Les services de la préfecture. Ce sont eux qui ont pris la décision de les déplacer pour de basses raisons
financières, poursuit l'adjoint. C'est le système administratif dans ce qu'il a de pire. On est sous les ordres précédents, sur des lignes budgétaires précédentes mais on dénigre des enfants». La
faute exclusive à l'ancien gouvernement? Tout le monde n'est pas d'accord: «Les élus de gauche tardent à réagir, dénonce-t-on sous le manteau. Peut-être attendent-ils la fin des législatives.
Défendre des Tchétchènes, ce n'est pas porteur».
«Les enfants ont froid»
Sur l'estrade, Zebda a fini de cracher «Le bruit et l'odeur» dans les haut-parleurs installés pour l'occasion. Une lettre d'un père, adressée à François Hollande,
est lue par Claude, représentant l'association des parents d'élèves. Surtout, les nouvelles des familles, logées là-bas à Bénodet, sont distribuées. Elles ne sont pas bonnes. Les enfants ont
froid.
Les chauffages électriques finalement consentis par la mairie de Bénodet n'ont pas été installés. Trop dangereux. Le camping du comité d'EDF où ils sont installés serait interdit d'accès. «Mais ça va à peu près, tempère Laurence Perron, l'un des maillons d'une chaîne de solidarité exemplaire (lire en page 10). Hier, les médecins sont venus gratuitement et de l'argent a été collecté». La nuit dernière, Dulguun et les autres ont encore dormi au camping. La préfecture n'a toujours pas répondu aux demandes de rendez-vous. Place Guérin, la lutte continue.