Tribune
Le CNRS a rendu accessible le 7 janvier un dossier scientifique multimédia sur l’énergie nucléaire, destiné au
« grand public ».
Chercheur au CNRS en poste au Japon, où je travaille sur les modalités de la protection humaine dans le contexte du désastre de Fukushima, je tiens à me dissocier
des propos tenus dans cette « animation », destinée à domestiquer les masses et taire la véritable situation à Fukushima.
Dans ce dossier « scientifique » aux desseins animés, les affirmations dénuées d’argumentation et prenant des allures d’évidences
indiscutables sont légion. Ainsi, il y est certifié que :
« Le nucléaire est un investissement politique sur le très long terme, qui impose des décisions sur plusieurs décennies, difficiles à remettre en cause même
après un accident nucléaire majeur comme celui de Fukushima. »
On apprend également que :
« Le rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur la catastrophe de Tchernobyl, paru en
2005 sous l’égide des Nations unies, a évalué le nombre de décès de victimes immédiates de l’accident à moins de 50, et à 2 200 celui de l’excès de décès entraîné par
l’exposition à la radioactivité des 200 000 “liquidateurs” les plus exposés. »
Des estimations remises en question
Rappelons que ces estimations ont été contestées par l’Union of Concerned
Scientists (qui annonce 25 000 morts), ou par l’Académie des sciences de New
York (qui en annonce entre 211 000 et 245 000, 15 ans après la catastrophe).
En Ukraine, un rapport gouvernemental de 2011 rend compte de
2 254 471 personnes affectées par le désastre de Tchernobyl, dont 498 409 enfants. Entre 1992 et 2009, chez les enfants ukrainiens, les maladies endocriniennes ont
été multipliées par 11,6, les pathologies de l’appareil locomoteur par 5,3, les maladies du système gastro-intestinal par 5, les maladies cardiovasculaires par 3,7 et les troubles du système
urogénital par 3,6.
La proportion d’enfants présentant des maladies chroniques est passée de 21% à 78%, et sur les 13 136 enfants nés des
« liquidateurs » de Tchernobyl de 1986-1987, 10% présentaient des malformations congénitales à la naissance.
Parodie de « neutralité scientifique »
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