blog du Npa 29, Finistère
« Résister à l’oppression est un droit naturel » Louis Delgrès
1944, vous dites ? Eh oui les femmes obtiennent le droit de vote et à cette date se crée en Martinique, comme en Guadeloupe, en Tunisie, au Vietnam, c’est-à-dire dans toutes les colonies françaises de l’époque, une section de l’Union des femmes Françaises.
La section Martinique a ses racines au Parti communiste avec des femmes comme Jane Léro, Fernande Ursulet. Elle recrute dans les masses laborieuses et surtout là où se trouvent des municipalités communistes. En même temps se crée « La femme dans la cité » avec Paulette Nardal, qui, elle, recrute dans les classes moyennes et dont l’un des objectifs est de former de bonnes femmes d’intérieur.
Ces femmes lancent des campagnes pour soulager la grande misère des familles, des mères élevant souvent seules leurs enfants. Ce sont elles qui créent les premières crèches municipales de la Martinique (St Esprit, Fort de France, Lamentin..). Elles s’impliquent dans des projets humanitaires et sociaux (comme la goutte de lait) avec Yvette Mauvois, et plus tard, dans les années 60, avec Nelly Etchard.
1956, Aimé Césaire démissionne du PC et crée le PPM en 1958. Les femmes militantes se divisent, selon les choix politiques, entre PC et PPM.
En 1963, l’UFM se réactive avec l’implication de ses militantes dans l’affaire de L’OJAM (voir p.4) avec des femmes comme Renée de Montaigne, Solange Fitte-Duval, Rosalie Nicolas, Laurette Delépine.
En 1970, l’association devient Union des Femmes de la Martinique et son activité augmente en même temps que la montée du féminisme en France et dans le monde. C’est la lutte pour l’IVG, pour la possibilité de travailler sans l’autorisation du mari et d’avoir un compte en banque.
A partir des années 90, c’est la troisième phase de l’intervention des féministes martiniquaises pour l’application de tous les droits sur le sol martiniquais. Commence alors une lutte sans concession contre la domination masculine et son apogée : les violences faites aux femmes. Se crée l’espace d’écoute et d’accompagnement « Jane Léro » où les victimes sont enfin écoutées. Des voix qui expliquent que les violences qu’elles subissent ne sont pas le lot des femmes et qu’elles ont le droit de dire NON.
La possibilité leur est offerte de se réfugier dans un centre d’hébergement créé par ces féministes déterminées : le Centre « Rosanie Soleil ». En même temps les féministes de l’UFM amplifient la dénonciation du harcèlement moral et sexuel dans le monde du travail. Un procès gagné en mars 2000 a marqué les esprits de toutes celles et de tous ceux qui défendent la dignité des femmes : un directeur de société est condamné pour harcèlement sexuel.
Ces luttes ne sont pas terminées et les femmes doivent continuer à dénoncer leur oppression dans le couple, dans le monde du travail où elles payent plein pot la crise des capitalistes qui s’enrichissent... Notre société construite sur des rapports sociaux sexués en défaveur des femmes les plombe dans des rôles stéréotypés qui perdurent, qui sont peu valorisants et qui freinent toute émancipation, toute transformation sociale.
La mobilisation doit se poursuivre en lien avec les luttes sociales actuelles qui dénoncent le chômage, leur exploitation dans des boulots mal payés, à temps partiels, mais aussi l’accès aux soins de plus en plus compromis, le harcèlement sexuel...Les violences envers les femmes, dont le viol qui est encore tabou, exigent une mobilisation permanente.
Refusons aussi ce retour de la « femme objet » qui porte un coup dur aux acquis des femmes, à leur dignité, à leur liberté ; retour visible par exemple dans les concours de Mini miss (cf article p2). Sans concession, soyons chacune, toutes, les gardiennes et actrices des conditions de notre propre émancipation.
George Arnauld
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article27865