blog du Npa 29, Finistère
14 mars 2012 à 07h04 -
Les suicides de cadres à La Poste, le 29 février, à Rennes, et dimanche, à Trégunc (29), étaient «hélas, inéluctables», estime Dominique Decèze, auteur de «La machine àbroyer» (*) et de «Gare au travail-Malaise à la SNCF» (*).
Pourquoi, selon vous, ces suicides étaient-ils prévisibles ?
«La réorganisation en cours à La Poste reproduit une méthode qu'on a connue à France Telecom, il y a 20 ans, et dans d'autres entreprises comme Renault. Les mêmes
méthodes produisent les mêmes effets : mal-être, repli sur soi, absentéisme et, pire, syndromes dépressifs conduisant parfois au suicide. Il n'y a pas volonté de broyer mais le système, tel qu'il
se développe, broie des gens.
Quelles sont les causes de ce mal-être ?
Les raisons sont multiples : dégraissages massifs (8.000 agents par an), réorganisation de l'implantation des activités et services - les ex-bureaux de poste,
aujourd'hui points contact - abandon des centres de tri. On ne peut pas forcément le condamner, vu l'évolution technologique. Mais la privatisation, la pression du chiffre, des objectifs de
rentabilité entraînent un renoncement en termes de sens, de valeurs et d'identité qui déboussole les agents du service public.
Sans compter la cohabitation entre des fonctionnaires et des «hors statut», avec toutes les différences de salaires et d'avantages que cela implique. Le fait que les
premiers soient aussi les plus anciens qui se retrouvent, souvent, sous les ordres des seconds, bien plus jeunes, n'arrange pas les choses. Ni le fait de voir son travail donné à la
sous-traitance.
Est-il possible d'atténuer oud'empêcher ces effets délétères ?
Les entreprises n'apportent que des réponses d'ordre thérapeutique, du type cellule de soutien psychologique qui ne font que stigmatiser les personnes. En revanche,
s'agissant du dialogue social, de la formation et de l'accompagnement, les entreprises ne vont pas jusqu'au bout de leur logique.
On ne peut pas mettre en place une organisation de cette ampleur sans y préparer les gens, sans en discuter avec les collectifs de travail : avec les représentants
du personnel mais aussi dans chaque lieu de travail, agence, centre de tri, tournée de facteurs... Il faut écouter les gens, qu'ils puissent en discuter entre eux, pas que pour revendiquer mais
pour vivre en commun. On est en train de refaire du taylorisme sur de la matière humaine. Or, l'humain ne peut s'adapter à des périodes de tant de minutes de travail. Les jeunes sont plus
habitués à ces nouvelles méthodes de management, pas les anciens qui ont besoin de vivre cette révolution de façon progressive et négociée, avec des contreparties».
* Éditions Gawsewitch.