L'histoire commence durant l'été 2008, alors que le médecin passe ses vacances dans les Côtes-d'Armor. Il est interpellé par la mort subite de deux chiens sur la plage de la Granville à
Hillion. L'autopsie évoque une mort par asphyxie. Le chercheur se procure les rapports. « J'ai été stupéfait de découvrir que ces chiens pesaient 13 et
25 kg. Ça veut dire qu'un enfant du même poids peut mourir de la même façon. »
Série noire en Côtes-d'Armor
Pour le Dr Lesné, les chiens ont été intoxiqués par de l'hydrogène sulfuré, gaz hautement toxique produit par la fermentation des algues vertes. Les « incidents » se succèdent :
un ramasseur d'algues tombe dans le coma, un cameraman de France 3 est pris de vertiges sur une plage, un cavalier est sauvé de justesse tandis que son cheval meurt foudroyé au milieu des
algues, un chauffeur qui transporte des algues meurt d'infarctus. En juillet 2011, 36 cadavres de sangliers sont découverts dans les algues vertes sur la plage de Morieux.
Il a fallu deux ans, l'insistance du Dr Lesné et de quelques chercheurs, pour que la préfecture des Côtes-d'Armor reconnaisse la responsabilité de l'hydrogène sulfuré dans ces événements. Les
mesures ne laissaient pourtant guère de doutes puisque certains relevés faisaient état de dégagements de 800 à 1 000 ppm (1), « c'est-à-dire des niveaux pour lesquels on
peut être foudroyé par un arrêt respiratoire brutal. »
Danger mortel
Le danger ne vient pas des algues fraîches, ou de celles qui sont encore dans l'eau, mais des amas blanchâtres qui sont au sec. Sous la croûte, la fermentation se produit sans oxygène, les
algues étant plates et compactes. Parmi les gaz qui se dégagent, de l'hydrogène sulfuré. Plus lourd que l'air, il stagne au ras du sol, c'est pourquoi le danger est plus grand pour les enfants.
En quantité importante (plus de 500 ppm, mais les États-Unis considèrent une dose de 100 ppm comme dangereuse), le gaz atteint le cerveau, bloque l'oxygénation des cellules, ce qui peut
entraîner un oedème pulmonaire et un arrêt cardiaque très brutalement. Claude Lesné déconseille de traverser les cordons d'algues sèches. Il ne faut pas rester à proximité, notamment en cas de
mauvaises odeurs, et, évidemment, éloigner les enfants et les animaux.
Avec Jean-Paul Guyomarc'h, d'Eau et rivières de Bretagne, le débat a porté sur la nature du phénomène et les moyens de lutter contre la prolifération des algues. « Il faut que
ça s'arrête dès que possible, » clame Claude Lesné. La première étape est de « partager le diagnostic », ce qui semble en bonne voie. La
seconde étape, celle des actions concrètes pour réduire les nitrates, sans « crucifier les agriculteurs »s'annonce plus délicate.